Le Mystère de Saint-Jean de la Croix

Saint-Jean De La Croix

Un jeu amusant sur les réseaux sociaux consiste à proposer d’écrire le début d’une phrase sur son téléphone, laisser l’auto-complétion faire son oeuvre et découvrir, basé sur l’historique des phrases écrites par l’utilisateur, ce que le programme aura écrit après qu’on ait validé les propositions suggérées par défaut.
Par exemple écrire « J’ai envie de  » et laisser le téléphone finir la phrase.
Je me suis donc laissé tenter par le jeu, à la différence près que mon téléphone était neuf et que je n’avais pas encore écrit de phrases sur le clavier virtuel. Il partait donc de rien.

Et voici ce qu’il a proposé quand j’ai commencé à écrire « j’ai envie de… » :

J’ai envie de… te faire plaisir de te revoir avec tes parents pour que je puisse te faire un bisou de ma vie qui me donne envie de te revoir bientôt j’espère de tes vacances au plus tôt car je ne sais pas si tu es toujours à la recherche d’un poste de chef de projet de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la…

Le début était mignon. Les bisous, la famille, les vacances, l’envie de revoir et de faire plaisir. Puis on en arrivait à cette histoire d’emploi de chef de projet à la Croix de Saint-Jean (ou Saint-Jean de la Croix). Ensuite, les propositions bouclaient autour des mêmes mots.
Ce qui me frappais là dedans c’est que c’était étrangement spécifique. Comme je l’ai dit ces propositions ne pouvaient pas provenir d’une analyse des textes que j’aurais écrit, ni d’une analyse de mails ou historique SMS de mon ancien téléphone. Je n’avais pas activé une telle analyse. Et pour tout vous dire je n’ai jamais je n’ai jamais entendu parler de la Croix de Saint-Jean de la Croix de Saint Jean, non plus que je n’étais à la recherche d’un emploi dans ce domaine.

J’écartais donc ce premier essai et essayais quelque chose de plus spécifique, un prénom:

Pierre… et moi avons eu un entretien avec vous hier et je vous confirme ma présence à la réunion de demain à la mairie de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la…

Venait à nouveau la Croix de Saint-jean, ou Saint Jean de la Croix, agrémenté cette fois-ci encore d’un détail spécifique concernant une réunion à la mairie de Saint-Jean de la Croix de Saint-Jean de cette commune. Tout ceci me laissait perplexe. Étais-je tombé sur un historique de conversation par défaut ? Une base de données de test ? Un lorem ipsum particulier ?
Je portais mon expérimentation plus loin avec un autre prénom.

Maxime… a fait un bon voyage de retour à la recherche d’un poste de chef de projet de la croix de Saint Jean de croix de Saint Jean de…

Ici encore il était question de ce poste de chef de projet à Saint-Jean de la Croix. Trop de coïncidences. Allais-je tomber systématiquement sur des propositions concernant cette commune ?

Louise… et moi on est à la plage et on est à la maison on va manger un bout de temps en ville et on va voir si on a une salle de sport à la recherche d’un poste de chef de projet de la croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de…

On en revenait toujours au même thème. Avec des détails supplémentaires : la salle de sport, la plage… Cette ville serait donc en bord de mer et les éventuels candidats à ce poste de chef de projet seraient en train de se renseigner sur les équipements aux alentours ?

Isabelle… m’a dit que tu avais un contact avec la banque pour le compte de la banque de France et je te fais suivre le mail que je viens de recevoir de la part de la banque postale et je te fais suivre le mail de la croix de Saint Jean de la croix de…

Des contacts, Banque de France, Banque postale, des échanges de mails… autant d’informations supplémentaires mais peu précises. J’essayais alors de changer de tactique et de faire parler les secrets :

Ne le dis à personne mais… je ne sais pas si tu es toujours à la recherche d’un poste de chef de projet pour le poste de chef de projet de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la croix de…

De la prospection de candidats. La même personne qui se serait rendu à la réunion en mairie tout en prenant des renseignements sur les équipements de la ville ? Mon enquête piétinait.

C’est un secret mais… je ne sais plus comment je vais pouvoir me rendre à Paris mais je ne sais pas si tu es toujours à la recherche d’un poste de chef de projet de la croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de…

C’était donc un parisien qui était potentiellement intéressé par ce poste de ce poste. Je tentais de pousser plus loin :

Les renseignements généraux savent que… je suis en train de faire un effort pour le faire et je vous tiens au courant de la suite des événements et des autres événements de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la…

Tiens donc ! Des événements mystérieux avaient eu lieu. Avant ou après le début de ce tout aussi mystérieux projet ? J’ai essayé d’en savoir plus :

Les événements de la croix de Saint Jean sont… très bien et je suis très heureux de vous avoir rencontré et de votre famille et de votre famille et de votre famille et de votre….

Une affaire de famille qui venait se rajouter à toute cette histoire. Il y avait forcément des manigances là-dessous, des secrets bien gardés.

Le secret de la croix de Saint Jean est… un lieu de vie de famille et de famille qui se sont réunis pour les fêtes de fin de vie et de nombreux enfants à domicile et à domicile de personnes âgées et de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la

Mon Dieu ! Des fêtes de fin de vie. En famille, avec des enfants, dans le domicile des personnes agées de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean. Il me fallait en savoir plus :

Les fêtes de fin de vie sont… plus longues que les horaires de cours et la date du départ du mois de mars à la recherche d’un poste de chef de projet de la croix de Saint Jean de la croix de Saint

Les fêtes de fin de vie étaient donc le projet sur lequel planchait la mairie de La Croix de Saint-Jean. Je décidais donc de porter mon enquête hors des propositions automatiques de mon téléphone. Après une recherche rapide, il existait bien une commune nommée Saint-Jean de la Croix dans le Maine-et-Loire. Une autre recherche sur le site de l’Apec me conduisit à cette fameuse offre d’emploi de chef de projet, proposée par la mairie de Saint-Jean de la Croix… mais rédigée de manière assez particulière.

Descriptif du poste :
Dans le cadre du projet votre mission sera de vous faire un retour sur les projets en vue de notre projet de la Croix de Saint-Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean…

Je me suis donc porté candidat avec un CV bidon en précisant l’intérêt que je portais aux projets urbain et les projets en vue du retour du projet de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de… -Pardon, je me laisse un peu emporter au moment où j’écris ces lignes. L’histoire m’a un peu chamboulé.-
La réponse à mon mail a été presque immédiate :

Cher Monsieur Briand-Coty,

Votre profil a retenu notre attention et nous aimerions savoir si vous êtes disponible pour un rendez-vous avec vous pour la signature du contrat et la date du stage au plus tôt afin que je puisse vous envoyer un devis de la croix de Saint Jean de la croix de Saint Jean de la croix de Saint…

Voici qu’ils me parlaient d’un stage, mais peu importe. Ce qui était important c’était de découvrir le fin mot de l’histoire. J’en savais trop, ou pas assez. Il fallait que je me rende à Saint-Jean de la Croix. Et c’est ce que je fis, le lendemain même. Quatre heures de route. Je suis parti aux aurores et je suis arrivé sur les coups de 10h. C’était un petit village champêtre comme tant d’autres. La fameuse Mairie se trouvait juste à côté de l’église. Je me suis garé dans la cour intérieure. Devant le bâtiment, je remarquais une plaque « Mairie de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint…. »
J’étais au bon endroit.

Et c’est au moment où je suis entré, les yeux écarquillés, que s’est révélé à moi la teneur du secret bien gardé de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix de Saint Jean de la Croix

豫 (2017)

Mon dernier album remontait à 2010. 7 ans plus tard voici le nouveau chef-d’oeuvre qui va à nouveau révolutionner la musique : 豫 (prononcez uuu).

Chat

Aquarelle (Poème de Charles Cros)

Boire du thé

Mon idéal

Les flots du Yangzi

Satin

Dans ma tête

Il était une fille

Vivre par habitude

Mona Lisa

J’aimerais

Sur un petit coin de continent

Singulière beauté

The beaver’s friend

Petit chaton

Vous pouvez le télécharger, lui et les autres ici.

L’esprit des lois

Manuel

Je fais rarement des billets politiques, mais il me semblait que j’avais le devoir d’exprimer mes positions de manière claire et concise.

Il était 18h25 quand je suis rentré. J’en suis sûr, n’en doutez pas, inutile de m’interrompre pour si peu. Je le sais parce que j’ai regardé ma montre à l’instant où j’ai pénétré dans le hall de mon immeuble. Il y avait des publicités dans ma boîte aux lettres, hors il est précisément affiché à côté desdites boîtes aux lettres qu’il est interdit de mettre des publicités dans celles-ci, en raison du fait qu’elles ne sont pas aux normes, j’entends les nouvelles normes, raison pour laquelle elles sont trop petites pour accueillir un grand nombre de courriers. Les prospectus en sont donc bannis et un emplacement est disposé sous la petite affichette pour y déposer les publicités en lot, à chacun ensuite de prendre ce qui l’intéresse. Ce système laisse un maximum de place disponible dans les boîtes aux lettres pour le vrai courrier, le courrier nominatif j’entends. C’est un excellent système, à défaut d’avoir des boîtes aux lettres plus profondes, ce qui ne serait pas pratique, étant donné que les boites aux lettres sont disposés des deux côtés du couloir qui constitue le hall et que ce couloir est assez étroit. Mais comme je le disais, un distributeur peu regardant avait malgré l’affiche d’interdiction bravé l’interdit et gavé toutes les boîtes avec cette ignoble paperasse commerciale. Mais l’avait-il vraiment bravé ? Car je remarquai uniquement à cet instant que l’affiche qui devait se trouver en la place que j’ai dite, c’est à dire à côté des boites aux lettres, avait disparue. Je me rappelai alors que Mme Valls, qui avait perdu un de ses chats, Pedro, avait collé par dessus l’affichette d’interdiction de mettre des publicités dans les boites aux lettres une photo de son chat, Pedro, indiquant le moyen de la contacter au cas où quelqu’un le retrouverait. Il était d’ailleurs inutile de préciser comment contacter Mme Valls, tout le monde la connaissait dans l’immeuble, et pas seulement parce que son fils, Manuel, était premier ministre, mais bien parce qu’elle était coutumière du fait, je parle du fait de perdre ses chats. Et pour en revenir à l’affichette au sujet de la perte de son chat qu’elle avait collé par dessus l’affichette aux sujet des boîte aux lettres, voir les détails plus haut, elle l’avait simplement arraché au moment où elle avait retrouvé son chat, Pedro, probablement sans se rendre compte que ce faisant elle avait arraché en même temps l’affichette sur laquelle elle avait collé la sienne. Nous étions donc dans la situation où il était toujours interdit de déposer des publicités dans les boîtes aux lettres, mais sans rien pour l’indiquer, mais après tout personne n’est censé ignorer la loi, c’est ce que je me disais. Et j’en étais à ces pensées en montant les étages, sans même avoir pensé à vider ma boîte aux lettres.

J’avais laissé la porte-fenêtre ouverte. Il ne faisait pourtant pas chaud, nous étions en hiver, mais pas trop froid non plus, et j’avais eu envie d’aérer, et c’est ce que j’avais fait. Maintenant que j’étais là, par contre, je trouvais qu’il faisait trop froid, alors je suis allé directement fermer la porte-fenêtre qui était ouverte, puis j’ai allumé le chauffage, parce que j’avais froid. C’est là que je le vis assis sur mon fauteuil, les oreilles dressées, en train de me regarder. C’était Manuel, le chat de Mme Valls, vous savez, le premier ministre. Voyez-vous, mon balcon et celui de Mme Valls sont communs, séparés par un mur mitoyen, mais dont la rambarde est commune et non séparée. Un félin tel que Manuel n’a pas de mal à passer d’un balcon à l’autre, et voici qu’il était chez moi. J’avais une fois retrouvé Pedro en train de jouer avec une de mes chaussettes, et je l’avais ramené illico presto chez sa mère, mais là il s’agissait ni plus ni moins d’un premier ministre et Mme Valls n’était pas chez elle. Elle était en vacances si vous voulez savoir. Pas en congés, parce qu’elle était déjà retraitée, mais elle partait souvent en Bretagne, allez savoir pourquoi, moi je ne sais pas. Elle n’avait pas laissé la porte-fenêtre de chez elle ouverte. Ce n’était pas son genre. Je le savais parce qu’elle faisait tout le temps attention à ce que ses chats ne partent pas marauder. C’était probablement Meriem, la fille qui venait leur donner à manger tous les jours, qui avait laissé la porte-fenêtre ouverte. Je savais qu’elle s’appellait Meriem parce qu’elle me l’avait dit, une fois que je l’avais croisé à l’étage, et que je m’interrogeais de la voir pénétrer dans l’appartement de Mme Valls en son absence, et elle m’avait alors tout expliqué, et j’en avais été soulagé. Comme je dis, elle avait probablement voulu les laisser vagabonder un peu sur le balcon du temps qu’elle était là pour les nourrir et oublier de refermer cette porte-fenêtre en repartant, car comme je le dis, Mme Valls avait dû être très claire là dessus. Qu’à cela ne tienne, il me suffisait de prendre M. Valls, avec tout le tact nécessaire à cette opération vis à vis du responsable du gouvernement et de le déposer simplement de l’autre côté du balcon, chez Mme Valls et fermer aussitôt ma porte-fenêtre pour l’empêcher de revenir chez moi. Ce ne fut pas aussi simple. D’abord parce qu’il sortit les griffes au moment où j’essayai de le prendre dans les mains, et aussi parce que cette première raison était suffisante pour m’ôter toute idée de ce genre. Il faudrait alors s’en tenir à deux possibilités : Soit Manuel Valls voudrait de lui-même quitter l’appartement et irait miauler pour que je lui ouvre la porte-fenêtre, soit il faudrait que j’attende le lendemain le retour de Meriem pour lui restituer le chat, ou tout du moins lui faire récupérer l’animal, peu m’importait qu’elle se fasse griffer, c’était une des tâches implicites du métier de, de quoi d’abord, de nourrisseuse de chat disons. Je n’avais pas la possibilité de la contacter immédiatement, ne connaissant pas son numéro, parce que ne l’ayant pas demandé, parce que n’étant pas intéressé par cette personne. Et je ne connaissais pas non-plus le numéro de Mme Valls, c’est à dire son numéro fixe en Bretagne, parce qu’elle n’avait pas de téléphone portable, et que son numéro fixe d’ici ne me servait à rien, sinon essayer de la joindre dans son appartement vide, vide à l’exception de Pedro, mais qui ne savait probablement pas répondre au téléphone et n’aurait sûrement pas voulu aider de toute façon.

Je devais donc faire avec ce squatteur de M. Valls pour la nuit. Pas question de le nourrir ! S’il voulait manger il n’avait qu’à rentrer chez lui. J’allumai la télévision. Ce n’est pas que j’aime regarder la télévision, parce que je ne la regarde jamais, mais son silence, celui du chat, pas du téléviseur, me gênait et je voulais occuper l’espace sonore. Lorsque la télévision s’alluma, la chaîne était BFM TV, non pas que j’aime regarder les infos, comme j’ai dit plus haut je regarde rarement la télévision, mais ce devait être la dernière chaîne que j’avais regardé il y a un bout de temps avant d’éteindre le téléviseur. Il était question d’une loi, qui ne faisait semble-t-il pas consensus, et ça me semblait être le contraire de ce que devait être une loi. Par exemple une loi interdisant de mettre des publicités dans les petites boîtes aux lettres ferait absolument consensus. Passons. Le détail intéressant était que la personne interrogée sur cette loi n’était autre que le premier ministre, celui-là même qui se trouvait sur le fauteuil de mon appartement, m’obligeant à m’asseoir sur une chaise, et qui était en train de se lécher le torse. Il avait une tout autre tête à la télévision. Il ne dit rien. Je parle du Manuel Valls qui était sur mon fauteuil, car celui qui était dans mon téléviseur n’arrêtait pas de parler et de donner beaucoup d’arguments et d’exemples pour appuyer ses propos. J’imagine qu’après une longue journée de travail le premier ministre n’a plus envie de parler politique. Parce que bien entendu l’interview qui était en train d’être diffusé à l’écran était une rediffusion d’une interview donné au début de l’après-midi. Il aurait été saugrenu que le premier ministre se trouva à deux endroits à la fois, à la fois sur ce plateau de télévision et dans mon salon, en train de nettoyer ses moustaches. Alors je lui ai demandé pourquoi il ne faisait pas une politique de gauche. Parce qu’il me semblait à moi que son gouvernement, pour le peu que j’ai suivi, avait une ligne politique très sécuritaire et capitaliste. Il ne m’a pas répondu, soit que j’avais mal posé la question, soit qu’il s’en ficha. je me tus à mon tour.

J’entendis alors quelqu’un ouvrir la porte à côté de la mienne, celle de Mme Valls. On entend bien de mon salon parce que le couloir fait de l’écho. Alors je me suis levé, ouvert ma porte et vu Meriem qui entrait chez Mme Valls. Je l’ai interpellée et lui ai expliqué la situation. Pas toute la situation, j’ai sauté la partie concernant les boîtes aux lettres pour me concentrer sur la partie : Le premier ministre est chez moi et refuse qu’on le déplace. Elle m’expliqua qu’elle avait eu un doute, une fois partie, d’avoir oublié de fermer la porte-fenêtre de l’appartement de Mme Valls. Et c’était le cas, comme nous l’avons vu. Tout allait donc pour le mieux, aucun des chats n’était perdu. Pedro dormait sur le lit de Mme Valls, et quant à Manuel, Meriem vint le ramener chez Mme Valls. Avec elle il se laissa faire. J’en fus vexé. Je ne voterai plus socialiste pour un bout de temps je crois.