Glouglou

Ceci n’est pas une folie.
Ceci n’est pas le fruit de mon imagination.
Mes sens ne se trompent pas, ils sont parfaitement opérationnels, mon ouïe uniquement à vrai dire. J’entends, ce son sorti tout droit des entrailles de l’enfer, tout du moins sortit des entrailles de quelque chose. La tuyauterie sonne.
Mon Dieu, ce bruit est horrible, j’ai l’impression qu’on est en train d’étrangler un dindon. L’onomatopée du mal, la voici : « Glouglou « .
Du matin au soir, la nuit aussi quand j’ai de l’insomnie, je n’entends que ça, distinctement, ce glouglou me trouble. Ai-je des raisons de m’inquiéter ? de me soucier de ma sécurité ? de damner mon âme pour simplement connaître d’où vient ce bruit ?
Je ne sais pas, je doute, je pleure, j’ai peur, j’angoisse. Même la provenance n’est pas claire : Dehors ? Chez moi ? Dessus ? Dessous ? En moi ?
J’ai nourri le soupçon que ces choses me cherchent, les glouglous sont le bruit de leurs respirations. Le son est comme dispersé dans l’air quand j’essaie de trop y prendre garde. Quand je fais silence, je ne les entends plus. Quand il y a beaucoup de bruit autour de moi, le glouglou se fait plus fort, plus agressif, plus inquiétant.
Combien de temps survivrais-je ? Je vais les fuir ? Où ? Même quand je sors de chez moi et que je les crois loin, c’est encore pire parce quand je ne les attends pas, ils me retrouvent toujours. Les canalisations diaboliques sont autour de moi, elles m’emprisonnent, je ne peux plus respirer, je me noie. C’est la mort !
Les glouglous ne cesseront jamais, plombier polonais où pas. Que fait Mario, j’étais très fort à ce jeu pour sauter sur les crabes qui se baladaient dans les tuyaux .
Diable, y’a-t-il une fuite quelque part ? Est-ce de moi que tout s’écoule ? Dans mon cerveau, mon cerveau est troué et il s’égoutte en goutte-à-goutte des morceaux de moi même.
Glouglou, je me vide. Glouglou, je me retrouve dans les égouts, je suis traité, épuré.
Glouglou, je coule dans les canalisations, je coule. Je m’écoule dans un verre, glouglou, on me boit, glouglou, je retrouve d’autres canalisations, organiques celles-ci.
Glouglou, me revoilà dans les W.C., je nage, glouglou, je suis emporté. Glouglou, cette fois je suis relâché jusqu’à la mer, glouglou, je vois des poissons, glouglou, je suis enfin libre.

Glouglou.
(ce texte est affectueusement dédié à tous les glouglous de la Terre)

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Édouard Herriot, le radicalisme en personne

(ce texte est affectueusement dédié à Marie C. qui sait combien je l’aime)


1924, le cartel des gauches gagne les élections et Édouard Herriot devient le chef du gouvernement. Édouard Herriot est heureux :
— Je suis heureux !
Il contemple son nouveau bureau, ravissant. Il est le chef maintenant ! Il range quelques affaires dans les tiroirs de son nouveau bureau, en profite pour faire joujou en les ouvrant et les refermant incessamment, faisant du bruit. Édouard il trouve ça rigolo.
Alors, pour faire croire qu’il a beaucoup de travail, il sort quelques dossiers de sa sacoche et les dispose bien en évidence. Et maintenant, que faire ? Édouard se décide à écrire une petite lettre au président Millerand :

Cher président Millerand, président pour plus longtemps.

J’ai noté avec plaisir votre non-soutient à la candidature du cartel des gauches, et je m’en félicite. Cependant, vous l’aurez remarqué par un fort mauvais choix des électeurs me voilà, moi, Édouard Herriot, président du conseil.
Aussi, dès que j’en aurai le temps, je viendrais vous botter le cul pour que vous dégagiez de votre foutue place de président de la République au profit d’un détestable (mais non moins bientôt élu) nouveau président, et cette fois un radical.

Avec l’expression de mes considérations respectueuses, mais non moins regrettables.

Édouard Herriot, président du conseil.

Voilà, à présent la lettre est timbrée et postée. Et maintenant, qu’est-ce qu’il pourrait bien trouver d’amusant à faire ? Changer la disposition de son bureau ! Avec enthousiasme, il change de côté ses dossiers « illusion de travailler « . Oh, il avait oublié de refermer son stylo, c’est fait maintenant. Son estomac commence à lui faire sentir la faim, il sort un sandwich jambon-beurre qui lui donne on ne sait pourquoi envie de lire Kant. Une petite mouche est rentrée. Elle est déjà ressortie…
On frappe à la porte, Édouard, ne comprenant pas tout de suite, pense que le bruit provient de son fauteuil et essaie tant bien que mal de le régler convenablement, mais les « toc toc » continuent, si bien qu’Édouard balance son fauteuil par la fenêtre. Mais le » toc toc » persiste. Il comprend que cela provient de la porte et lance un vigoureux :
— Entrez!
Entre Gaston Doumergue, futur président de la République.
— Salut Gaston, fit Édouard.
— Alors Édouard, comment ça va ? demanda Gaston.
— Pas si mal, mais tu sais, j’ai une tonne de travail.
— Je comprends oui. Je ne vais pas t’empêcher de travailler bien longtemps, je me demandais juste… enfin… c’est un peu délicat…
— Vas-y, demande, ne t’inquiète pas
— Voilà, je me demandais si tu étais de droite ou de gauche?
— Est-ce une insinuation ?
— Non, pas du tout, mais…
— Mais…
— Mais…
— Ah je vois !
— J’entends
— Je sens
— Je goûte
— Je touche
— Je …
— Je te bats toujours au jeu des 5 sens, Gaston, le truc c’est de toujours commencer, toi tu ne l’as jamais compris ! Tu ne comprendras jamais rien, adieu !
Gaston sort en claquant la porte derrière lui.
Le courageux Édouard, se moquant des conséquences de ses paroles lance :
—De toute façon, c’est moi le président du conseil, alors sors d’ici !
Ces mots auraient pu être historiques si seulement quelqu’un les avait écoutés.
Édouard est pensif :
— Je suis pensif
Il remarque derrière lui le portrait d’un ancien président du conseil. Il n’est pas moustachu comme Édouard, cela l’embête : pourra-t-il être un bon président du conseil avec la moustache ?
Édouard se décide, il sort un feutre noir et commence à dessiner une moustache « à la Herriot  » sur le portrait. L’effet est saisissant, il a l’impression de se regarder dans une glace. Le voilà apaisé maintenant. Il prend la décision de se rendre à la chambre des députés.
Le voilà dans l’hémicycle de la chambre des députés, il n’y a personne. Il prend la parole à la tribune et de sa voix de ténor lance :
— Messieurs les députés… (pas assez fort, il se racle la gorge, et d’une voix plus forte) MESSIEURS LES DÉPUTÉS ! … (trop fort, il reprend) messieurs les députés ! (Voilà, c’est le ton juste, le « ton Herriot « )
— Heu… il n’y a que moi et je ne suis pas député, lance un petit homme.
— Mais alors que faites-vous ici ?
— Rien, je suis le directeur d’un petit club de golf près de Paris, seriez-vous intéressé par un abonnement à tarif préférentiel ?
— Pourquoi pas ?

Le lendemain, sur le terrain de golf, Édouard s’apprête à frapper la balle, le trou est un « par 3 », il prend la pose du swinguer et frappe avec maestria la pauvre balle qui s’envole au-dessus du terrain. Avec précision, il semble bien qu’elle va entrer directement dans le trou, la trajectoire est parfaite ! Au même moment, oh stupeur, une taupe sort de ce même trou à ce moment-là et se reçoit la balle de golf sur la tête, elle est furieuse, les espoirs de carrière de golfeur pour Édouard Herriot tombent à l’eau.
La taupe, insatisfaite de son logement, le quitte. Elle n’emporte avec elle que sa « brouette à loutre  » et file vers l’horizon sous le regard désabusé du grand Édouard Herriot.

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Les trois moines forgerons

Les trois moines forgerons
(traduit de la pièce allemande: Die Drei Schmiedmönche)

Personnages,

Arstern, l’éleveur de poule.
LaraLara, le fils de l’éleveur de poule.
Glof, une botte.
Gloffy, absent.
Marcel Proust, le politicien en caleçon.

Acte I

Palais de Hofburg. Un roi entre. Son oeil gauche est remplacé par une olive.

Le roi (regardant vaguement dans sa main): Quel chance! Les enfants viennent avec le chien! C’est un très gros chien! Trop tard. Le chien les a mangés

La reine (qui entre): L’étagère! Mon Dieu! Où est mon étagère?

Le roi: Ah! Justement je t’attendais! Quatre mille huit cent cinquante sept oreillers.

La reine: Je n’ai pas sommeil! (Elle s’endrort.)

Le roi la traine hors de la scène. Il ne revient pas.

Acte II

Deux loutres entrent. Elles restent au milieu de la scène. Artstern, LaraLara, Glof et Gloffy entrent à leur tour.

Arstern: Quoi?

LaraLara: Je n’ai pas parlé. Une soupe de pomme de terre?

Arstern: Oui! Avec du pain.

LaraLara: Je n’ai pas de pain.

Arstern: Quoi?

Glof et Gloffy partent acheter du pain. Arstern et Laralara attendent un petit moment , puis meurent de faim.

Acte III

Injouable et pas le temps de l’écrire.

Acte IV

Marcel Proust entre, coiffé d’une écrevisse.

Marcel Proust (chante):

« Avec mon écrevisse
Pour seul couvre-chef
Je… »

Marcel Proust est ridicule, les loutres se moquent de lui. Il s’en va, triste.

Acte V

Le roi revient avec l’étagère de la reine.

Le roi (triste): Ah! La tarte aux fraises! Le tarte aux fraises !

Les loutres applaudissent, le roi les enlace. Ils sont heureux.

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Le sac en plastique et l’ordre mondial.

-Il faut que je saute de ce toit pour sauver l’ordre mondial!

-Fait pas le con, pense plutôt à un sac en plastique!

-justement, c’est pour ça qu’il faut que je saute.

-bon ben vas-y!

-finalement ….non.

-non?

-non, je ne veut plus.

-pour un sac en plastique et l’ordre mondial, voyons! il faut que tu saute!

-non, j’ai peur.

-tu voudrais pas que je saute à ta place quand même?

-si.

-ok, 3…2…1… youhou! (il saute)

-ça va?

-…

-ayé t’es en bas? t’es mort?

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L’appel de la vocation

25 avril 2005, un soir, presque la nuit, mon téléphone portable vibra. J’avait immédiatement compris par cette frénésie téléphonique le désir qu’avait mon appareil de me mettre en communication avec quelqu’un d’autre.
Avec précaution, redoutant une attaque d’ondes GSM, je m’approchais de l’objet en question : Un Ericson T20e. J’avais sans le vouloir souscrit à un service de présentation du numéro, si bien que je vis que le numéro qui s’affichait sur l’écran vert m’était totalement inconnu. Il commençait par 01, la région parisienne.
Un rapide aperçu de ma mémoire ne me permit pas de trouver la moindre personne habitant près de Paris qui aurait été susceptible de me passer un coup de fil. Néanmoins, intrigué par ce mystère insondable, je répondis en ouvrant le clapet de mon Ericson.

-Allo, dis-je trivialement.
-Allo, M.Bessonet (ou quelque chose qui sonnait un peu pareil) ? me demanda une voix de femme pas toute jeune, mais pas vieille non plus.
Je n’étais pas M. Bessonet, je ne connaissais aucun Bessonet.
-Oui, c’est moi, mentis-je honteusement.
Dehors la pluie s’était mise à tomber, il faisait de plus en plus noir, j’avais peur. Qui que fût Bessonet , mon interlocutrice ne devait pas connaître le son de sa voix car elle se satisfit de la mienne, que j’avais belle et douce, sans contester mon identité. Elle entra immédiatement dans le vif du sujet :
-Oui bonjour, je suis la maman d’Aurélien, soeur Emmanuelle m’a donné votre numéro…
Soeur Emmanuelle ? « LA  » soeur Emmanuelle ? J’étais complètement désorienté, je ne connaissais pas non plus de soeur Emmanuelle. Je ne connaissais par ailleurs aucune religieuse (mis à part le gâteau et la mante). Mon mensonge était déjà allé trop loin, je n’avais d’autre choix que de le continuer.
-Ah oui ! Soeur Emmanuelle ! m’exclamais-je en feignant la connaître.
-Oui, au sujet du vitrail. Vous savez, Aurélien n’a pas fait exprès, il jouait au ballon avec ses camarades… il a dit tout de suite que c’était lui !
Un vitrail… La brume obscurcissant le motif de cet appel se dissipait peu à peu. J’étais probablement un curé de village ou quelque chose comme ça. Ce petit con d’Aurélien avait cassé le beau vitrail de mon église !!! J’étais très en colère, furieux, complètement hors de moi. Un si beau vitrail qui était vieux de plusieurs siècles ! J’en avais mal au coeur, mais je n’en fis rien entendre.
-Oui, le vitrail. En effet, c’est fâcheux. Mais après tout, ce n’est ni votre faute, ni celle du petit Aurélien, si le meilleur endroit pour jouer au foot est la place de notre belle église.
-Oh…Heu…Oui, dit-elle en adhérant à mon propos.
-J’ai été jeune moi aussi, je sais ce que c’est.
-Oui, alors justement, j’appelais pour trouver un moyen de régler le… Le problème…
-De manière monétaire…?
-Heu… Oui.
-Allons, allons ! Je vous ai dit que je comprenais parfaitement, inutile d’épiloguer sur ce fâcheux impact footballistique, je ne vous demanderai pas d’argent.
-Vraiment ?
-Oui, mais…
-Mais…
-Mais ce qui me peine le plus, je dois bien vous le dire, c’est que je ne vous vois jamais, vous et votre famille, à la messe les dimanches.
-Oh vous savez, on a jamais été très croyant dans la famille alors…
-Alors à qui le dites-vous ! Ma mémoire me fait défaut, il ne me semble pas que vous ayez fait baptiser le petit Aurélien.
-Heu…Non, mais…
-Je vais être conciliant, faites baptiser le petit Aurélien, venez tous les dimanches à la messe et j’oublierai cette histoire de vitrail. Qu’en dites-vous ?
-Quoi ?
-C’est d’accord ?
-Heu…Oui.
-Bon ! Eh bien au revoir et à dimanche prochain.
-Heu… Au… Au revoir.

Je raccrochais et au fond de mon coeur je pensais :
« Dans des moments comme ceux-là je suis vraiment fier de ma vocation envers Dieu.
C’est soeur Emmanuelle qui va être contente quand je vais lui raconter tout ça ! »

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