Combat de lapins

Wanaï Jack n’a pas de bons réflexes (il le dit lui-même sur son blog), mais possède bien d’autres talents (c’est indéniable). Par exemple, conjecturer une solution par récurrence. Imaginons (j’ai fait un dessin pour ceux qui ne peuvent pas. J’ai également pris la liberté de changer le nombre de lapins pour que la représentation graphique soit plus aisée.) qu’une cage contienne d’un côté trois lapins avec des épées, et de l’autre trois lapins avec des boucliers. Combien de lapins restera-t-il à la fin ?

combat lapins

Notre philosophe (Wanaï Jack) dit quatre: Les trois lapins avec les boucliers et le lapin avec l’épée qui aura été le plus fort. Soit, il dit que c’est son talent. Nous ne lui ferons donc pas l’affront de contester l’issue de ce combat épique. Cela dit, j’aurais quand même mis en doute le fait qu’ils se soient procuré tant d’armes tout en étant en captivité, le fait que de petits lapins puissent manier un tel outillage, le fait que ce ne soit pas de gentils lapins, mais de petits mammifères assoiffés de sang (comme dans Sacré Graal), ou encore le fait que c’est chacun pour soi et qu’il est interdit de faire copain-copain avec un autre lapin pour avoir plus de chance de gagner.

Maintenant, que se passerait-il si l’on introduisait à l’intérieur de la cage un loup venant d’une autre planète avec une super épée et un super bouclier (que j’ai oublié de représenter…), sachant qu’un super ustensile en vaut deux de ceux des lapins ?

combat lapins + loup

Pour celle-là je vous laisse méditer. Vous pourrez toujours aller voir la solution sur le blog de Wanaï. N’est-il pas formidable ? Et dire qu’il met le même grand esprit au service d’une réflexion personnelle sur le statut de la femme. Ne sommes nous pas gâtés ?

Biographie

Personnages:
Le diabétique / Le
vétérinaire  : Joué par un
crabe.
Le grand : Joué par deux crabes superposés.
L’homme à la fenêtre / Le pianiste :
Joué dans un premier temps par une moitié de
crabe, puis par un crabe sur des échasses.
Richard Nixon : Joué par un crabe républicain.
Elizabeth Tailor : Joué par un crabe du sexe
opposé.
Erol Flynn : Joué par un crabe qui ne peut se rappeler
qu’une ligne de dialogue.
Le biographe : Joué par un crabe qui sait utiliser une
machine à écrire.
Le crabe : Joué par Richard Nixon.

Acte
1

La scène
représente une rue piétonne. On voit dans
l’arrière plan la boutique d’un vendeur de pianos et celle
d’un libraire. Deux personnages, un grand et un diabétique,
sont en train de discuter devant la boutique du vendeur de pianos. Un
autre homme est penché à la fenêtre
d’un appartement situé au premier étage de la
boutique du libraire. Il a l’air d’écouter leur conversation
bien qu’il fasse semblant de se teindre les cheveux.

Le diabétique (finissant
ce qui semble avoir été une longue tirade
) –
…Et je te le dis, j’emporte toujours une glacière avec moi
quand je pars en voyage, c’est toujours utile.
Le grand – Oh, tu sais, moi, quand j’avais ton âge…
Le d.- J’ai 48 ans.
Le g.- Oui, quand j’avais 48 ans, j’ai…
Le d.- Mais tu n’as même pas 20 ans. j’étais
là le jour de ta naissance.
Le g.- Là n’est pas la question, garçon ! Quand
j’avais ton âge, j’ai rencontré Liz Tailor, et
elle m’a dit: « Range ton crabe ». Un crabe, oui garçon, un
crabe. C’était celui que ma grande-tante Madeleine, celle
à qui l’on a retiré le nez, m’avait confié deux
jours auparavant. Tu te rends compte, quand même, ce ne sont
pas des choses à faire, même pour un simple grand
benêt comme moi. Tu sais, le crabe, il était mort.
Un crabe mort, et voilà que je le présente
à Liz. Le crabe, eh bien, je voulais lui donner. Lui donner
un crabe, garçon, le crabe de ma grande-tante Madeleine.
Avais-je perdu la tête ? Et elle n’en a pas voulu.
C’était celui de ma grande-tante Madeleine, et elle n’en a
pas voulu. Alors, je me suis dis, Olivier, Olivier, garçon,
elle ne veut pas du crabe, mais le crabe qu’est-ce qu’il en pense lui,
hein ? C’est pas parce que c’est un crabe qu’il rêve
d’être l’animal de compagnie de Liz Tailor. Je
rêve, mais quelle prétention ! Ce que j’ai fait,
c’est que je lui ai mis de force à l’intérieur de sa robe,
à Liz Tailor ! Ben oui garçon ! Et elle a
hurlé, hurlé sur le crabe. Elle
commençait à me frapper avec un arrosoir et c’est
là qu’il est arrivé, Richard Nixon, parce qu’il
était là lui aussi. Alors, il demande: « Liz,
qu’est-ce qu’il y a ? », et elle répond en hurlant: « c’est le
crabe, le crabe mort ! », et Nixon lui demande alors: « Quel crabe ? », et
là je réponds « celui de ma grande-tante
Madeleine », et là il demande à Liz: « Qu’est-ce
que vous faites avec le crabe de la grande-tante Madeleine de ce jeune
homme ? », et là elle répond, toujours en hurlant:
« Le crabe, il est mort ! Il est mort ! « , et Nixon me demande:  » Qui a
tué le crabe ? « , et là je réponds: « Je
ne sais pas, c’est le crabe de ma grande-tante Madeleine », et Nixon
demande à Liz  » c’est vous qui l’avez tué ? « , et
elle, toujours en hurlant: « Ah ! Il a un oeil de crevé! « , et
moi, j’ajoute:  » vilaine ! « , là, Nixon attrape le crabe et se
fraye un passage parmi les républicains – c’était
lors d’une soirée de récolte de fonds pour la
campagne de Nixon, j’ai oublié de la préciser –
et donc, il court partout avec le crabe entre les mains en criant qu’il
recherche un vétérinaire.(silence)
Le d.- Et alors ?
Le g.- Et alors, je ne vois pas pourquoi tu aurais besoin d’une
glacière !
Le monsieur à la fenêtre (intervenant dans la conversation
d’une manière peu pertinente
): Je ne me crois pas capable de jouer du grand piano !
Le d.- Mais si voyons !
Le g.- Descendez mon cher !

Rideau.

Acte
2

La scène représente l’intérieur de la boutique du vendeur de pianos. Sont
disposés là quelques jolis pianos, dont un
superbe grand piano. Le diabétique, le grand et l’homme qui
était à la fenêtre sont
présents. Il n’y a pas de vendeur, juste une affiche d’Erol
Flynn en Robin des Bois qui regarde les visiteurs d’un oeil suspect.
L’homme qui était à la fenêtre s’assoit
sur le tabouret, devant le grand piano.

Le grand – Jouez !

L’homme qui était à la fenêtre
hésite. Il semble intimidé par
l’évènement. D’un seul coup, il bondit de sa
chaise, sort en coulisse, revient avec un livre, le donne au
diabétique, puis se rassoit sur le même tabouret.

Le Diabetique (lisant) – « Biographie d’Erol Flynn », hum, il est tout
sale…
Le grand – Ma grande-tante Madeleine l’a lu, il me semble. (À l’homme qui
était à la fenêtre
) Jouez
à présent !
L’homme tente de jouer,
mais s’aperçoit avec déplaisir qu’il lui manque
une main.

Rideau.

Acte
3

La scène
représente la cuisine de la grande-tante Madeleine du grand.
Madeleine est en train de cuisiner du crabe. Elle en attrape un sans
pitié qui, docile, se laisse plonger dans l’eau bouillante.
Pas longtemps ! Il fait un bond olympique et tente de se sauver.
Madeleine, toujours sans pitié, attrape le premier livre qui
lui passe sous la main – une biographie d’Erol Flynn – et
écrase le crabe avec.

Madeleine – (elle appelle)
Olivier ! (Entre le
grand, plus jeune de quelques années.
) Olivier,
prend ce crabe mort, va jusqu’aux Etats-Unis, et remet le en main
propre à Elizabeth Tailor ! Tu as bien compris ? Oh ! Et
prends la biographie d’Erol Flynn avec toi, ça te fera de la
lecture pour le voyage.
Le grand – Oui, grande tante Madeleine !
Il sort.

Rideau.

Acte
4

De retour à
l’intérieur de la boutique du vendeur de pianos.

Le diabétique – Attendez-moi là. (Il sort, puis
revient quelques minutes plus tard avec une glacière. Il en
retire une main. De ses poches, il sort un nécessaire
à tricoter
.)
Le grand – Oh, je vois, vous allez lui recoudre sa main.
Le d. – Oui, sa main.
L’homme qui était à la fenêtre (tout
heureux
) – Oh ! Vous l’avez retrouvé !
Le d. – Oui, je l’ai gardé.
L’homme q.- Vous savez comment faire ?
Le d. – Oui, c’est pas que je sois chirurgien, mais les
vétérinaires savent faire ça.

Il lui recoud la main et l’homme qui était à la
fenêtre peut à nouveau jouer du grand piano. Il en
joue superbement.

L’homme q… – Une merveille ce piano, je l’aurais acheté si
je n’étais pas le propriétaire de la boutique.

Rideau.

Acte
5

La
scène représente une soirée de
récolte de fonds pour la campagne de Nixon. Sont
présents de nombreux invités
républicains. Richard Nixon court tout autour de la salle
à la recherche d’un vétérinaire. Il
fait un tel boxon que le pianiste arrête de jouer. L’appel de
Nixon est entendu, un vétérinaire se fait
connaître et vient porter secours au crabe.

Le vétérinaire (examinant le crabe) – Il est mal
en point, comment est-ce arrivé ?
Richard Nixon – C’est la faute de Liz Tailor.
Le v. (qui examine le crabe à l’aide d’un
stéthoscope
) – Son coeur bat toujours !

Sans crier gare, le crabe ressuscite et bondit tel un kangourou pour
se sortir de cette assemblée de renards
républicains. Le pianiste essaie de l’attraper au vol, mais
ne réussit qu’à se faire trancher la main par la
pince aiguisée du crabe. Finalement, le
vétérinaire réussit à
l’écraser à l’aide d’une biographie d’Erol Flynn.

Le v.- Sale bête !
R.N.- En effet ! Bien joué.
Le grand (Allant consoler le pianiste) – Je suis
désolé, c’est la faute du crabe de ma grande-tante Madeleine.
Le v. – Si seulement j’avais mon nécessaire à
tricoter… je vous arrangerai ça un jour (il place la main
coupée dans sa glacière
)
Le g. – (donnant au pianiste la biographie d’Erol Flinn) – Au cas
où vous rencontreriez un autre crabe. C’est un livre de ma
grande tante Madeleine.

Rideau.

Acte
6

Intérieur de la
chambre d’Erol Flynn. Il est en train de parler à son
biographe. Ce dernier est assis derrière un bureau sur
lequel est posée une machine à écrire.

Erol Flynn – Et surtout, ne mentionnez pas le crabe !

Rideau.

P.S.- Bonnes fêtes tout le monde !