Histoire inintéressante #21

C’est l’histoire de Jérémy, un jeune homme totalement négligé en apparence et en fait, qui rentre chez lui. Ses cheveux gras, qui lui tombent sur les yeux, et sa barbe non rasée depuis plusieurs semaines sont les seules choses qu’on peut deviner sous la capuche de son gros blouson noir et au dessus de son écharpe grise crasseuse. Il marche avec les mains profondément enfoncé dans ses poches. Le froid le fait souffrir. Nous sommes en fin de journée et il fait pratiquement nuit. La rue qu’il emprunte, et qu’il a l’habitude de prendre lorsqu’il rentre chez lui, est très mal éclairée. Le camion des éboueurs s’engage dans cette petite rue à sens unique, en face de lui. Jérémy voit les éboueurs, blasés, et les mouvements machinaux qu’ils effectuent pour vider les ordures des poubelles dans le camion broyeur.

Il arrive presque à hauteur du camion quand trois vieilles femmes s’engagent dans l’étroit interstice entre le camion et l’entrée des habitations. Il se rend compte qu’il ne pourra pas passer de front avec les vieilles rombières. Il se range donc juste à côté des poubelles pour les laisser passer. Par malheur, l’éboueur passe à côté de lui et, distrait, le prend pour un gros tas de détritus. Il l’attrape alors par la taille et les jambes et le lance dans le camion broyeur. Jérémy, les mains coincés dans ses poches de blouson, ne pouvant faire entendre sa voix à cause du bruit du camion et de son écharpe qui lui masque la voix, ne peut ni s’extraire à temps ni se faire entendre. Il se fait lentement broyer.

L’éboueur, malheureusement, retrouve sa lucidité trop tard en voyait dépasser la jambe de Jérémy du camion. Là, il baisse la tête, honteux qu’il est, et fait:   
-Jolies chaussures.

 

Non, vraiment pas

Vous vous inquiétiez déjà, et à juste titre, des tendances schizophréniques de l’abricot et de ses multiples blogs inutiles, voilà qui ne va pas vous rassurer. Il reprend la rédaction très régulière de deux blogs oubliés dans les tréfonds de la blogosphère :

 

Abricot: Blog d’opinion (politique, philosophique, historique, zoologique, théologique, égocentrique…) où le rédacteur principal se fait souvent souffler le contrôle éditorial par un poète sans talent.

 

Journal d’un Nihiliste Ordinaire. Blog où Elno (LNO : Le Nihiliste Ordinaire) n’a vraiment rien d’intéressant à raconter et le fait savoir.

 

Et toujours:  Barnabé & Jean-Martin (blog BD), Mon skyblog (consacré ces derniers mois au problème de la reproduction des pianos), Le Vrai Marcel Proust (skyblog de la lecture intégrale d’à la recherche du temps perdu. Fin de lecture courant 2021), Le professeur abricot (Une leçon par an au plus, vers Avril), et une demi-douzaine d’autres skyblogs dont-j’ai-oublié-les-adresses-désolé.

 

Veuillez ignorer ce message et ne jamais vous rendre sur aucun des blogs cités.

III – Les endives volantes

Résumé des épisodes précédents : Sverker le Neuf, accompagné de ses nouveaux acolytes, Mr Botibol, fonctionnaire anglais ayant un goût prononcé pour l’aventure, et Youri, homme/femme cavalier ballerine au sexe et au passé des plus indéterminés, sont en route pour Staphylocoque. Il a été proposé à Mr Botibol de livrer son histoire. Sera-t-il plus franc que Youri ?

Mr Botibol consulta l’heure, et fit : “C’est parfait, il est justement cinq heures PM, l’heure parfaite pour une bonne histoire autour d’un thé”. Il sortit de sa mallette trois fauteuils pliants (sans laisser sortir le cheval), une bouilloire électrique, une théière, trois tasses et une boîte de thé Twining à la menthe. Il invita Sverker et Youri à s’assoir sur les confortables fauteuils en cuir qu’il avait disposés en cercle au beau milieu de la route. Puis, tout en préparant le thé, il commença son histoire.

Il était né fils d’un gouverneur général des Indes Britaniques, il y a quelques dizaines d’années, et était destiné dès son plus jeune âge à exercer de futures hautes responsabilités administratives dans les colonies Britanniques. Cependant, dès son plus jeune âge, il n’avait pu se passionner pour autre chose que le violoncelle et voulait poursuivre la carrière de musicien, refusant ainsi de suivre la voie tracée par son père. Alors, celui-ci l’envoya dans un coûteux et très strict pensionnat de New Delhi d’où il ne devait pas ressortir avant sa majorité.  Ce séjour forcé l’avait transformé en parfait gentleman. Du moins en apparence, car il s’était enfui dès le lendemain et arriva en Prusse quelques semaines plus tard. Là, il vécut parmi les franciscains dans un petit monastère de Magdebourg où il fut ordonné prêtre trois ans plus tard. Lassé par la banalité d’une vie de moine, il s’enfuit pour Londres où il gagna sa vie en tant que cireur de chaussures pour les dix ans qui suivirent. Puis il s’engagea dans un navire de commerce à Weymouth qui était chargé d’une partie des importations de riz et de tigres en provenance du Bengale.  C’est alors qu’au cours d’un des voyages il décida de prendre en otage le capitaine avec l’aide de ses camarades marins. On le nomma nouveau capitaine. Sa première décision fut de partir à la chasse d’un énorme cachalot blanc nommé Moby Dick. Ils partirent donc par erreur vers l’est, découvrirent l’Amérique* des années avant les Vikings, Christophe Colomb et Christophe Lambert. Dix ans passèrent.  Il se dit qu’il était temps de mener une vie correcte et respectable. C’est ainsi qu’il revint en Inde où il trouva un petit boulot convenable à la compagnie des Indes Orientales. Il s’en lassa très vite. Peu après, il décida de repartir en direction du Nord et se retrouva ainsi sur la route de Staphylocoque.

Youri sirota son thé avec un air amusé. « C’est aussi peu crédible que mon histoire, mais je ne vous en veux pas.
– Si cela vous plaît, c’est l’essentiel, fit Mr Botibol.
– Il nous reste donc, pour finir, à entendre l’histoire de notre ami Sverker le Neuf, dit Youri.
– Vraiment ?» Fit Sverker. « Vous ne préféreriez pas que je vous raconte une petite histoire drôle ? C’est l’histoire d’une chouette qui ne pouvait pas aller à la messe sans se peindre d’énormes fausses moustaches sur la figure. Un jour, un paroissien lui demanda pourquoi. Alors là, c’est très drôle: la chouette rentre chez elle, prend le pot de peinture et le pinceau qu’elle utilisait pour se peindre les moustaches, et les présente au paroissien. Là, la chouette se met à peindre d’énormes moustaches comme les siennes sur la figure du pauvre paroissien. Alors, lui, il est bien embêté et il demande à la chouette pourquoi elle lui a peint de grosses moustaches comme les siennes. Mais la chouette elle ne veut pas répondre et elle s’en va. Et là, il y a un autre paroissien qui demande au premier paroissien pourquoi il a d’énormes moustaches peintes sur la figure. Alors, le premier paroissien va acheter de la peinture et un gros pinceau, revient dans l’église et commence à peindre d’énormes moustaches comme les siennes sur la figure du second paroissien. Et alors, le second paroissien lui demande…
– Allons, Sverker, racontez-nous vos aventures ! Cette histoire-là ne mène à rien.
– Bon, si vous y tenez. »
Sverker commença.

Et nous saurons tout à propos de cela la prochaine fois.

*note : On peut attester de la présence anglaise à Cuba en 860 grâce aux travaux du Pr. Ignatus Polymère qui put dater au carbone 14 l’inscription « Here Was Mr. Botibol. » tatouée sur le flan d’une vache momifiée retrouvée en 2041 parmi les effets personnels de Fidel Castro.

II – Où l’on apprend à jouer au jokari

Résumé
de l’épisode précédent:

Sverker le Neuf, notre héros d’origine inconnue, vient de
faire la rencontre successive de Mr. Botibol, jeune fonctionnaire
aventurier anglais, et de Youri, ballerine cavalièr(e) de sexe
indéterminé. Ensemble, ils font route vers
Staphylocoque.

Staphylocoque était
peut-être encore bien loin et, pour briser la monotonie du
voyage, Mr. Botibol décida qu’il serait temps que les trois
nouveaux amis se connaissent davantage:

«
Dites-moi, Youri, comment vous êtes-vous retrouvé ici ?


C’est bien simple, fit Youri en se caressant les moustaches, un brave
homme du nord m’a indiqué où se trouvait Staphylocoque
et c’est ainsi que j’ai pris le chemin qui m’a conduit jusqu’à
vous.


Non, enfin, je veux dire, dans un contexte plus général.


Oh ! Ça c’est une longue histoire.

Youri
commença par le commencement: il était venu au monde
vingt-deux ans auparavant, ou à peu près, dans une
noble famille russe de St Petersbourg presque ruinée par les
placements du père dans le commerce d’abats de sauterelles. À
court d’argent, la famille décida de le confier aux
Stativolkronsky, une riche famille de propriétaires terriens
qui avait battit sa fortune sur une meilleure exploitation des masses
paysannes. M. Stativolkronsky et Mme Stativolkronsky, qui furent ses
parents, n’avaient alors aucun enfant, car ils souffraient d’un mal
qui serait connu plus tard sous le nom de « stérilité de
Vrontakovsky », du nom du célèbre généticien
qui ne portait jamais de bretelles. Le fait est que M.
Stativolkronsky désirait par-dessus tout avoir un fils et que
Mme Stativolkronsky, elle, chérissait la perspective d’avoir
une fille. Alors, pour se mettre d’accord, on décida qu’il
serait les deux. Pour décider du nom, les époux
Stativolkronsky en choisirent un aléatoirement en ouvrant,
les yeux fermés, le bottin au hasard, et en pointant du doigt
une ligne au beau milieu de la page. Youri Kovenovsky donna son
prénom à Youri. M. Stativolkronsky, qui rêvait
pour son fils d’une carrière militaire dans la cavalerie, lui
fit donner des cours d’équitation dès son plus jeune
âge. Mme Stativolkronsky, qui ne vivait que pour voir un jour
sa fille dans un ballet, décida qu’elle serait une ballerine.
Le compromis fonctionna pour le mieux. Youri fit merveille à
cheval en gagnant de nombreux derbys, et il fut magistral à
chaque interprétation du
Lac
des Cygnes.
C’est
justement à l’occasion d’une de ces représentations que
Youri attira l’attention du tsar Alexandre III. Le tsar s’en fit un
ami très proche et, apprenant ses dons pour l’équitation,
il lui proposa d’entrer à son service en tant que courrier
personnel, service qu’il a assuré durant les années qui
ont précédés et qui l’ont conduit sur la route
de Staphylocoque.

– Cette histoire est
passionnante, fit Sverker.


N’est-ce pas ? Fit Youri. Je viens juste de l’inventer.

– Oh ! Fit Mr.
Botibol. Et quelle est la vérité ?


Eh bien, fit Youri, je suis né en Allemagne il y a soixante
ans, dans un petit village de Bavière où j’ai exercé
très tôt la profession de brigand. Étant de plus
en plus recherché dans la région, j’ai quitté le
pays, volant un cheval pliable et un tutu rose à une famille
de lépreux. Au cours de mon périple j’ai tué un
certain Youri Stativolkronsky à qui j’ai volé l’identité
et la fausse moustache. Je me suis d’autre part laissé
entendre que Staphylocoque était une ville où on
pouvait se faire de l’argent, ce qui m’a amené jusqu’à
vous.

– J’ai du mal à
le croire, fit Mr Botibol.


Vous avez raison, c’est encore entièrement faux, mais je ne peux pas
m’en empêcher. Passons. Et vous, Mr Botibol, quelle est votre
histoire ?

Patience,
cette histoire sera pour la prochaine fois.