Conte de Noël

stéphanie

C’est l’histoire de Stéphanie, une jeune fille pauvre et laide qui s’apprêtait à passer un Noël sordide, seule dans son squat d’un quartier mal famé. Précisons dès à présent que cette jeune fille ne ressemblait à aucune autre jeune fille laide et pauvre. Laide, elle l’était bien davantage. Elle avait cette étrange particularité de posséder un très long nez en dents-de-scie. En complément de cette ornementation faciale, elle portait le mono-sourcil et deux oreilles décollées ressortaient de ses cheveux longs et gras. Elle était triste. Elle voulait un Noël comme les autres gens. Un Noël avec des amis, un sapin, des cadeaux. Elle pestait contre l’injustice de sa situation, son exclusion, sur sa vie, sur l’existence. Sur la grande place de la petite ville où elle habitait, près de l’église, où était installé le marché de Noël, elle avait vu le grand sapin que la mairie avait installé. Un immense sapin d’au moins trente mètres de haut. Richement décoré de guirlandes, boules, faux cadeaux et d’une majestueuse étoile en son sommet.
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La jalousie la motiva le soir du 23 décembre. Elle attendit une heure fort avancée pour sortir commettre son méfait. La grande place était vide et les cabanons fermés. Le sapin brillait seul dans la nuit. Elle entreprit d’escalader l’arbre. Manquant de glisser plusieurs fois, elle atteignit la hauteur qu’elle recherchait. Elle utilisa ensuite son nez en dents-de-scie pour scier le tronc à environ un mètre soixante du sommet. Cela lui prit du temps, car elle était obligée de souvent s’arrêter et reprendre son souffle pour ne pas avaler au passage de la sciure de bois. Une fois son travail achevé, elle laissa tomber son morceau de sapin au pied du grand et descendit avec prudence. Un clochard qui avait assisté à la scène l’interpella.
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« Dites donc ! Qu’est-ce que vous avez fait là ? lui demanda-t-il une fois qu’il l’eut rejoint.
– Je viens voler un bout de sapin, répondit-elle.
– Ah, d’accord. »
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L’odorat de Stéphanie était particulièrement développé et elle ne put s’empêcher de boucher son nez à cause de la forte odeur d’urine qui se dégageait du clochard.
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« Je l’emmène chez moi, dit Stéphanie.
– Vous voulez un coup de main ? demanda le clochard. »
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Elle aurait bien voulu envoyer le clochard paître ailleurs, mais elle se rendit compte que son sapin n’était pas aussi petit qu’elle l’aurait cru. Elle accepta donc son aide. Il voulait de l’argent en récompense. Elle lui proposa une boîte de thon, ce qui lui convint, puis ils se mirent en route chargés de leur fardeau.
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Ils réussirent à traverser la moitié du centre-ville sans se faire remarquer. Soudain, alors qu’ils passaient devant la boutique d’un coiffeur pour dames, le clochard se mit à trembler. Il lâcha le sapin et tomba à terre, pris de convulsions.
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 » Qu’est-ce qu’il y a ? Que se passe-t-il ? demanda Stéphanie.
– Le charme est en train de se rompre ! La fée m’avait prévenu ! « 
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Sous les yeux de Stéphanie, le clochard se métamorphosa en marsouin. Visiblement mal à l’aise sur le trottoir, il fit des soubresauts. Il ne parvint qu’à briser la vitre de la boutique du coiffeur, déclencher l’alarme et se blesser copieusement. Sans que Stéphanie n’eût pu réagir, la police arriva sur les lieux et l’interpella en flagrant délit de vol de sapin et tentative de cambriolage avec usage de marsouin. Elle passa Noël en garde-à-vue.
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La morale de cette histoire est qu’il ne faut jamais voler de sapin, surtout en compagnie d’un marsouin enchanté.