豫 (2017)

Mon dernier album remontait à 2010. 7 ans plus tard voici le nouveau chef-d’oeuvre qui va à nouveau révolutionner la musique : 豫 (prononcez uuu).

Chat

Aquarelle (Poème de Charles Cros)

Boire du thé

Mon idéal

Les flots du Yangzi

Satin

Dans ma tête

Il était une fille

Vivre par habitude

Mona Lisa

J’aimerais

Sur un petit coin de continent

Singulière beauté

The beaver’s friend

Petit chaton

Vous pouvez le télécharger, lui et les autres ici.

L’esprit des lois

Manuel

Je fais rarement des billets politiques, mais il me semblait que j’avais le devoir d’exprimer mes positions de manière claire et concise.

Il était 18h25 quand je suis rentré. J’en suis sûr, n’en doutez pas, inutile de m’interrompre pour si peu. Je le sais parce que j’ai regardé ma montre à l’instant où j’ai pénétré dans le hall de mon immeuble. Il y avait des publicités dans ma boîte aux lettres, hors il est précisément affiché à côté desdites boîtes aux lettres qu’il est interdit de mettre des publicités dans celles-ci, en raison du fait qu’elles ne sont pas aux normes, j’entends les nouvelles normes, raison pour laquelle elles sont trop petites pour accueillir un grand nombre de courriers. Les prospectus en sont donc bannis et un emplacement est disposé sous la petite affichette pour y déposer les publicités en lot, à chacun ensuite de prendre ce qui l’intéresse. Ce système laisse un maximum de place disponible dans les boîtes aux lettres pour le vrai courrier, le courrier nominatif j’entends. C’est un excellent système, à défaut d’avoir des boîtes aux lettres plus profondes, ce qui ne serait pas pratique, étant donné que les boites aux lettres sont disposés des deux côtés du couloir qui constitue le hall et que ce couloir est assez étroit. Mais comme je le disais, un distributeur peu regardant avait malgré l’affiche d’interdiction bravé l’interdit et gavé toutes les boîtes avec cette ignoble paperasse commerciale. Mais l’avait-il vraiment bravé ? Car je remarquai uniquement à cet instant que l’affiche qui devait se trouver en la place que j’ai dite, c’est à dire à côté des boites aux lettres, avait disparue. Je me rappelai alors que Mme Valls, qui avait perdu un de ses chats, Pedro, avait collé par dessus l’affichette d’interdiction de mettre des publicités dans les boites aux lettres une photo de son chat, Pedro, indiquant le moyen de la contacter au cas où quelqu’un le retrouverait. Il était d’ailleurs inutile de préciser comment contacter Mme Valls, tout le monde la connaissait dans l’immeuble, et pas seulement parce que son fils, Manuel, était premier ministre, mais bien parce qu’elle était coutumière du fait, je parle du fait de perdre ses chats. Et pour en revenir à l’affichette au sujet de la perte de son chat qu’elle avait collé par dessus l’affichette aux sujet des boîte aux lettres, voir les détails plus haut, elle l’avait simplement arraché au moment où elle avait retrouvé son chat, Pedro, probablement sans se rendre compte que ce faisant elle avait arraché en même temps l’affichette sur laquelle elle avait collé la sienne. Nous étions donc dans la situation où il était toujours interdit de déposer des publicités dans les boîtes aux lettres, mais sans rien pour l’indiquer, mais après tout personne n’est censé ignorer la loi, c’est ce que je me disais. Et j’en étais à ces pensées en montant les étages, sans même avoir pensé à vider ma boîte aux lettres.

J’avais laissé la porte-fenêtre ouverte. Il ne faisait pourtant pas chaud, nous étions en hiver, mais pas trop froid non plus, et j’avais eu envie d’aérer, et c’est ce que j’avais fait. Maintenant que j’étais là, par contre, je trouvais qu’il faisait trop froid, alors je suis allé directement fermer la porte-fenêtre qui était ouverte, puis j’ai allumé le chauffage, parce que j’avais froid. C’est là que je le vis assis sur mon fauteuil, les oreilles dressées, en train de me regarder. C’était Manuel, le chat de Mme Valls, vous savez, le premier ministre. Voyez-vous, mon balcon et celui de Mme Valls sont communs, séparés par un mur mitoyen, mais dont la rambarde est commune et non séparée. Un félin tel que Manuel n’a pas de mal à passer d’un balcon à l’autre, et voici qu’il était chez moi. J’avais une fois retrouvé Pedro en train de jouer avec une de mes chaussettes, et je l’avais ramené illico presto chez sa mère, mais là il s’agissait ni plus ni moins d’un premier ministre et Mme Valls n’était pas chez elle. Elle était en vacances si vous voulez savoir. Pas en congés, parce qu’elle était déjà retraitée, mais elle partait souvent en Bretagne, allez savoir pourquoi, moi je ne sais pas. Elle n’avait pas laissé la porte-fenêtre de chez elle ouverte. Ce n’était pas son genre. Je le savais parce qu’elle faisait tout le temps attention à ce que ses chats ne partent pas marauder. C’était probablement Meriem, la fille qui venait leur donner à manger tous les jours, qui avait laissé la porte-fenêtre ouverte. Je savais qu’elle s’appellait Meriem parce qu’elle me l’avait dit, une fois que je l’avais croisé à l’étage, et que je m’interrogeais de la voir pénétrer dans l’appartement de Mme Valls en son absence, et elle m’avait alors tout expliqué, et j’en avais été soulagé. Comme je dis, elle avait probablement voulu les laisser vagabonder un peu sur le balcon du temps qu’elle était là pour les nourrir et oublier de refermer cette porte-fenêtre en repartant, car comme je le dis, Mme Valls avait dû être très claire là dessus. Qu’à cela ne tienne, il me suffisait de prendre M. Valls, avec tout le tact nécessaire à cette opération vis à vis du responsable du gouvernement et de le déposer simplement de l’autre côté du balcon, chez Mme Valls et fermer aussitôt ma porte-fenêtre pour l’empêcher de revenir chez moi. Ce ne fut pas aussi simple. D’abord parce qu’il sortit les griffes au moment où j’essayai de le prendre dans les mains, et aussi parce que cette première raison était suffisante pour m’ôter toute idée de ce genre. Il faudrait alors s’en tenir à deux possibilités : Soit Manuel Valls voudrait de lui-même quitter l’appartement et irait miauler pour que je lui ouvre la porte-fenêtre, soit il faudrait que j’attende le lendemain le retour de Meriem pour lui restituer le chat, ou tout du moins lui faire récupérer l’animal, peu m’importait qu’elle se fasse griffer, c’était une des tâches implicites du métier de, de quoi d’abord, de nourrisseuse de chat disons. Je n’avais pas la possibilité de la contacter immédiatement, ne connaissant pas son numéro, parce que ne l’ayant pas demandé, parce que n’étant pas intéressé par cette personne. Et je ne connaissais pas non-plus le numéro de Mme Valls, c’est à dire son numéro fixe en Bretagne, parce qu’elle n’avait pas de téléphone portable, et que son numéro fixe d’ici ne me servait à rien, sinon essayer de la joindre dans son appartement vide, vide à l’exception de Pedro, mais qui ne savait probablement pas répondre au téléphone et n’aurait sûrement pas voulu aider de toute façon.

Je devais donc faire avec ce squatteur de M. Valls pour la nuit. Pas question de le nourrir ! S’il voulait manger il n’avait qu’à rentrer chez lui. J’allumai la télévision. Ce n’est pas que j’aime regarder la télévision, parce que je ne la regarde jamais, mais son silence, celui du chat, pas du téléviseur, me gênait et je voulais occuper l’espace sonore. Lorsque la télévision s’alluma, la chaîne était BFM TV, non pas que j’aime regarder les infos, comme j’ai dit plus haut je regarde rarement la télévision, mais ce devait être la dernière chaîne que j’avais regardé il y a un bout de temps avant d’éteindre le téléviseur. Il était question d’une loi, qui ne faisait semble-t-il pas consensus, et ça me semblait être le contraire de ce que devait être une loi. Par exemple une loi interdisant de mettre des publicités dans les petites boîtes aux lettres ferait absolument consensus. Passons. Le détail intéressant était que la personne interrogée sur cette loi n’était autre que le premier ministre, celui-là même qui se trouvait sur le fauteuil de mon appartement, m’obligeant à m’asseoir sur une chaise, et qui était en train de se lécher le torse. Il avait une tout autre tête à la télévision. Il ne dit rien. Je parle du Manuel Valls qui était sur mon fauteuil, car celui qui était dans mon téléviseur n’arrêtait pas de parler et de donner beaucoup d’arguments et d’exemples pour appuyer ses propos. J’imagine qu’après une longue journée de travail le premier ministre n’a plus envie de parler politique. Parce que bien entendu l’interview qui était en train d’être diffusé à l’écran était une rediffusion d’une interview donné au début de l’après-midi. Il aurait été saugrenu que le premier ministre se trouva à deux endroits à la fois, à la fois sur ce plateau de télévision et dans mon salon, en train de nettoyer ses moustaches. Alors je lui ai demandé pourquoi il ne faisait pas une politique de gauche. Parce qu’il me semblait à moi que son gouvernement, pour le peu que j’ai suivi, avait une ligne politique très sécuritaire et capitaliste. Il ne m’a pas répondu, soit que j’avais mal posé la question, soit qu’il s’en ficha. je me tus à mon tour.

J’entendis alors quelqu’un ouvrir la porte à côté de la mienne, celle de Mme Valls. On entend bien de mon salon parce que le couloir fait de l’écho. Alors je me suis levé, ouvert ma porte et vu Meriem qui entrait chez Mme Valls. Je l’ai interpellée et lui ai expliqué la situation. Pas toute la situation, j’ai sauté la partie concernant les boîtes aux lettres pour me concentrer sur la partie : Le premier ministre est chez moi et refuse qu’on le déplace. Elle m’expliqua qu’elle avait eu un doute, une fois partie, d’avoir oublié de fermer la porte-fenêtre de l’appartement de Mme Valls. Et c’était le cas, comme nous l’avons vu. Tout allait donc pour le mieux, aucun des chats n’était perdu. Pedro dormait sur le lit de Mme Valls, et quant à Manuel, Meriem vint le ramener chez Mme Valls. Avec elle il se laissa faire. J’en fus vexé. Je ne voterai plus socialiste pour un bout de temps je crois.