Histoire inintéressante #21

C’est l’histoire de Jérémy, un jeune homme totalement négligé en apparence et en fait, qui rentre chez lui. Ses cheveux gras, qui lui tombent sur les yeux, et sa barbe non rasée depuis plusieurs semaines sont les seules choses qu’on peut deviner sous la capuche de son gros blouson noir et au dessus de son écharpe grise crasseuse. Il marche avec les mains profondément enfoncé dans ses poches. Le froid le fait souffrir. Nous sommes en fin de journée et il fait pratiquement nuit. La rue qu’il emprunte, et qu’il a l’habitude de prendre lorsqu’il rentre chez lui, est très mal éclairée. Le camion des éboueurs s’engage dans cette petite rue à sens unique, en face de lui. Jérémy voit les éboueurs, blasés, et les mouvements machinaux qu’ils effectuent pour vider les ordures des poubelles dans le camion broyeur.

Il arrive presque à hauteur du camion quand trois vieilles femmes s’engagent dans l’étroit interstice entre le camion et l’entrée des habitations. Il se rend compte qu’il ne pourra pas passer de front avec les vieilles rombières. Il se range donc juste à côté des poubelles pour les laisser passer. Par malheur, l’éboueur passe à côté de lui et, distrait, le prend pour un gros tas de détritus. Il l’attrape alors par la taille et les jambes et le lance dans le camion broyeur. Jérémy, les mains coincés dans ses poches de blouson, ne pouvant faire entendre sa voix à cause du bruit du camion et de son écharpe qui lui masque la voix, ne peut ni s’extraire à temps ni se faire entendre. Il se fait lentement broyer.

L’éboueur, malheureusement, retrouve sa lucidité trop tard en voyait dépasser la jambe de Jérémy du camion. Là, il baisse la tête, honteux qu’il est, et fait:   
-Jolies chaussures.

 

13 réflexions sur « Histoire inintéressante #21 »

  1. Le conducteur du camion poubelle aurait dit à l’éboueur : « Tu as fini avec tes jeremyades ? » (c’est du moins ce qu’ont rapparté les petites vieilles qui étaient présentes)

  2. Du grand art ! Et cette représentation picturale qui transcende cette mélodramatique.

    Comme disait un philosophe : ‘le monde est un manège ou les étoiles scintillent comme des bulles de champagne d’une fête sombre ou les enfants pleurent parfois’

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *