III – Les endives volantes

Résumé des épisodes précédents : Sverker le Neuf, accompagné de ses nouveaux acolytes, Mr Botibol, fonctionnaire anglais ayant un goût prononcé pour l’aventure, et Youri, homme/femme cavalier ballerine au sexe et au passé des plus indéterminés, sont en route pour Staphylocoque. Il a été proposé à Mr Botibol de livrer son histoire. Sera-t-il plus franc que Youri ?

Mr Botibol consulta l’heure, et fit : “C’est parfait, il est justement cinq heures PM, l’heure parfaite pour une bonne histoire autour d’un thé”. Il sortit de sa mallette trois fauteuils pliants (sans laisser sortir le cheval), une bouilloire électrique, une théière, trois tasses et une boîte de thé Twining à la menthe. Il invita Sverker et Youri à s’assoir sur les confortables fauteuils en cuir qu’il avait disposés en cercle au beau milieu de la route. Puis, tout en préparant le thé, il commença son histoire.

Il était né fils d’un gouverneur général des Indes Britaniques, il y a quelques dizaines d’années, et était destiné dès son plus jeune âge à exercer de futures hautes responsabilités administratives dans les colonies Britanniques. Cependant, dès son plus jeune âge, il n’avait pu se passionner pour autre chose que le violoncelle et voulait poursuivre la carrière de musicien, refusant ainsi de suivre la voie tracée par son père. Alors, celui-ci l’envoya dans un coûteux et très strict pensionnat de New Delhi d’où il ne devait pas ressortir avant sa majorité.  Ce séjour forcé l’avait transformé en parfait gentleman. Du moins en apparence, car il s’était enfui dès le lendemain et arriva en Prusse quelques semaines plus tard. Là, il vécut parmi les franciscains dans un petit monastère de Magdebourg où il fut ordonné prêtre trois ans plus tard. Lassé par la banalité d’une vie de moine, il s’enfuit pour Londres où il gagna sa vie en tant que cireur de chaussures pour les dix ans qui suivirent. Puis il s’engagea dans un navire de commerce à Weymouth qui était chargé d’une partie des importations de riz et de tigres en provenance du Bengale.  C’est alors qu’au cours d’un des voyages il décida de prendre en otage le capitaine avec l’aide de ses camarades marins. On le nomma nouveau capitaine. Sa première décision fut de partir à la chasse d’un énorme cachalot blanc nommé Moby Dick. Ils partirent donc par erreur vers l’est, découvrirent l’Amérique* des années avant les Vikings, Christophe Colomb et Christophe Lambert. Dix ans passèrent.  Il se dit qu’il était temps de mener une vie correcte et respectable. C’est ainsi qu’il revint en Inde où il trouva un petit boulot convenable à la compagnie des Indes Orientales. Il s’en lassa très vite. Peu après, il décida de repartir en direction du Nord et se retrouva ainsi sur la route de Staphylocoque.

Youri sirota son thé avec un air amusé. « C’est aussi peu crédible que mon histoire, mais je ne vous en veux pas.
– Si cela vous plaît, c’est l’essentiel, fit Mr Botibol.
– Il nous reste donc, pour finir, à entendre l’histoire de notre ami Sverker le Neuf, dit Youri.
– Vraiment ?» Fit Sverker. « Vous ne préféreriez pas que je vous raconte une petite histoire drôle ? C’est l’histoire d’une chouette qui ne pouvait pas aller à la messe sans se peindre d’énormes fausses moustaches sur la figure. Un jour, un paroissien lui demanda pourquoi. Alors là, c’est très drôle: la chouette rentre chez elle, prend le pot de peinture et le pinceau qu’elle utilisait pour se peindre les moustaches, et les présente au paroissien. Là, la chouette se met à peindre d’énormes moustaches comme les siennes sur la figure du pauvre paroissien. Alors, lui, il est bien embêté et il demande à la chouette pourquoi elle lui a peint de grosses moustaches comme les siennes. Mais la chouette elle ne veut pas répondre et elle s’en va. Et là, il y a un autre paroissien qui demande au premier paroissien pourquoi il a d’énormes moustaches peintes sur la figure. Alors, le premier paroissien va acheter de la peinture et un gros pinceau, revient dans l’église et commence à peindre d’énormes moustaches comme les siennes sur la figure du second paroissien. Et alors, le second paroissien lui demande…
– Allons, Sverker, racontez-nous vos aventures ! Cette histoire-là ne mène à rien.
– Bon, si vous y tenez. »
Sverker commença.

Et nous saurons tout à propos de cela la prochaine fois.

*note : On peut attester de la présence anglaise à Cuba en 860 grâce aux travaux du Pr. Ignatus Polymère qui put dater au carbone 14 l’inscription « Here Was Mr. Botibol. » tatouée sur le flan d’une vache momifiée retrouvée en 2041 parmi les effets personnels de Fidel Castro.

7 réflexions sur « III – Les endives volantes »

  1. Excellent, ah oui, de mieux en mieux, l’Abricot célèste entre dans la sphère des grands écrivâssiers burrelesques.

    Non, non, vraiment, j’aime. Surtout la note.

  2. hélas….

    S’ils avaient bu un autre thé encore… Mais du twinings beurk alors qu’on trouve là bas de bons Darjeeling. Non, ça gâche la suite. Moi je bois du thé chinois(grand Yunnan impérial) et ça ne gâche rien et je connais des histoires de Toto.

  3. Impressionnant. Bientôt édité chez Plon.
    Et le pire c’est que c’est presque interessant, mais pas trop descriptif donc pas trop long.

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