La nuit d’Alain

Il faisait noir. C’était une de ces soirées de décembre où le soleil, en peine à arrondir ses fins de mois, économisait sa présence parmi nous. Ce jour-là, Alain était en proie à un dilemme cornélien. Le terme est un peu exagéré, et une personne extérieure à la situation ne verrait rien de tragique dans le fait de devoir choisir entre une chemise blanche et une autre bleue-marine. D’autant plus qu’il était tard, qu’il n’avait pas à sortir et qu’il l’enlèverait donc probablement dans les prochaines heures pour mettre son pyjama. Oui, il était seul, et personne ne verrait jamais la conséquence de ce choix, excepté les mouches si encore il y en avait eu chez lui, mais non. Alors, pourquoi faire tant d’histoire ?

Après deux heures d’intenses réflexions où il avait pesé le pour et le contre, il se décida: il mettrait les deux ensemble, la bleue-marine par-dessus la blanche. Juste après les avoir enfilés, il se rendit compte qu’il était temps d’aller se coucher. Il enleva par conséquent les deux chemises qu’il avait enfilées et se mit en pyjama. Une fois dans sa tenue, il s’allongea de tout son long sur son lit. Il tira les draps pour plus de commodité et se faufila dessous. Alain avait le chic pour trouver des problèmes concrets là où ils n’existaient pas et en trouva un dans sa situation: quelle position adopter pour dormir ?

Il opta dans un premier temps pour une position ventrale, puis, une minute plus tard, il se tourna pour reprendre son souffle, empêché qu’il était de respirer par le nez où la bouche à cause de l’oreiller. Après une vingtaine de tentatives, Alain comprit qu’il n’arriverait jamais à trouver un sommeil digne de ce nom dans ces conditions. Il changea radicalement de tactique et prit une position dorsale, propre à lui assurer un apport d’oxygène satisfaisant pour survivre. Alain avait des sueurs froides rien qu’au fait de penser à ce qui se serait passé s’il s’était endormi par mégarde sur le ventre. C’est bien simple, il aurait été étouffé par son oreiller. L’assassin ! Alain, redoutant une autre tentative d’assassinat de la perfide enveloppe de tissus rembourré, jeta son oreiller par la fenêtre, puis retourna se coucher sur le dos. Il était toujours réveillé au bout d’une heure, puis de deux, et de trois… Impossible de trouver le sommeil. Pourquoi ?

Il analysa la situation et s’aperçut qu’il avait oublié de régler son réveil pour qu’il le réveille le lendemain matin. Son inconscient, tourmenté par la peur de se réveiller en retard, devait l’empêcher de trouver le sommeil. Ce devait être ça. Il se recoucha après avoir programmé son réveil à 6h30. Il était toujours éveillé quelques heures plus tard. Il réanalysa la situation et comprit que la lumière qu’il avait laissée allumée dans sa chambre pendant toute la nuit inhibait les mécanismes naturels du sommeil. Il éteignit et se coucha. Il sombra dans un sommeil profond vers 6h29. À 6h30 son réveil sonna.

Il ne se réveilla pas. Son oreiller avait profité de son manque de vigilance pour remonter chez lui et l’étouffer pendant la minute fatale.

7 réflexions sur « La nuit d’Alain »

  1. C’est bien fait pour lui, il n’avait qu’à ne pas le jeter par la fenêtre. Finalement il y une morale dans cette histoire en apparence (et en apparence seulement comme la plupart du temps chez M. Abricot) absurde.

  2. Je vois dans cette fable une allégorie de la condition de pression exercée par les objets sur l’être humain qui… ah, juste une histoire absurde ? Bon, d’accord !

  3. Tout d’abord pardon à vous, je n’avai pas revue la france depuis 12 ans et votre parole est trés difficile à parler.Je suis Yumi j’ai 14 ans je naître en France mais j’ai vécus au Japon.Alors s’il vous plés ne me repproché pas trop ma parole.Merci pour tous vos textes, j’ai tendance a me poser bocoup de question et cela n’est pas dût a mes jeunes âges, j’ai toujours étais come ça, j’ai surement baucou trop de l’imagination…Jusque ici, personnes n’avaient réussi à repondre à mes question.Peut être que ces gens manqués tout simplement d’imagination…Ou peut être qu’il n’y a pas vrémant de réponses à mes question…J’aime baucou aimé vos textes parce que à certains momen j’avé ce drole de sentimen le même que celui qui ont les gens qu’en je leur dis mes question, être perdu? Malgré tout, en lisen encore je compris…C’été la premiére fois que je avai cette drôle de sentiment…Si vous le voulé et si vous avez le temps (j’aime baucou cette phrase « avoir le temps », « moi j’ai le temps », « Est-ce que tu l’a le temps? » « Non, je l’ai perdu… » »Tu veus que je te done un peu de mon temps? » « Oui!merci baucou… »).Si vous penssé qu’il y a une question a laquelle je ne peux pas repondre cela m’interresse donc merci d’avansse.Merci M.Abricot-chan et excusez ma parole.
    Yumi-Nui…

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