La Vieille Valise

Il y avait là une vieille valise qui souriait sous son pardessus. Le temps de lacer ses chaussures et elle était déjà partie. Partie on ne sait où, partie quelque part. Pas chez le boulanger en tout cas. Celui-ci était en train d’essayer de refourguer un parapluie à un client en le lui présentant comme si c’était une baguette.
-Pas trop cuite, comme vous l’aimez.
-C’est un parapluie et il ne pleut pas.
Ils avaient beaucoup de chance à Nevers. En revanche, les Strasbourgeois en avaient moins.
-Il pleut, dit le vieux monsieur
-C’est vrai, répondit le marin. Mais pas assez pour que je puisse trouver du travail ici.
La remarque était pertinente, le vieux monsieur sourit au marin comme le font certains comptables quand ils mangent une pâtisserie au chocolat, particulièrement ceux qui ne connaissent pas Catherine de Médicis.
La marin, baillant, prit congé du vieillard et sortit du bar. Il était tard et il lui fallait faire un long trajet pour rentrer chez lui. Se disant qu’il lui faudrait un parapluie, il essaya de trouver une boulangerie encore ouverte, sans succès. Il aurait donc les cheveux mouillés, risquerait d’attraper un rhume, et, comme il ne s’était pas lavé les cheveux de toute la semaine, il allait sentir le chien mouillé. Un chien, justement, il en rencontra un, probablement abandonné, mais ce n’était pas un de ceux qui vont chercher la balle ou qui savent vous apprendre le latin. Le marin passa son chemin.
Le chien se moquait de cette indifférence propre aux gens de la mer.
« Du mépris », pensait-il. 
Puis, le marin, prit de convulsions subites, fit demi-tour, passa devant le chien en courant et fila tout droit. Il avait perdu la tête et allait comme un fou. On le croyait parti pour un marathon, mais il s’entrava bêtement dans un sac-poubelle laissé à l’abandon sur le trottoir et il parut plus que stupide.
« Oui, les gens de la mer », pensait le chien.
Et, alors qu’il allait renifler le marin inconscient sur le sol détrempé, il lui revint l’image de son ancien maître qui s’était un jour fait voler une montre par une vieille valise qui souriait sous son pardessus.

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