J’admirais la finesse de ses jambes et le haut maintien de son front

Nous étions en sortie scolaire à ce qu’il me semble, car j’étais entouré de tous mes camarades de classe dans cette salle où se trouvait Jacques Chirac.  Il était en discussion avec d’autres gens et ne semblait pas être là pour nous, affairé dans ce qu’implique une fonction présidentielle. Il expliquait des choses, mais je ne me souviens plus quoi. De temps en temps, il s’adressait à nous. Lionel Jospin était là lui aussi, quoiqu’un peu plus discret. Je ne me souviens pas non plus s’il racontait quoi que ce soit, si ce n’est qu’à un moment donné il y a eu un incident, volontaire ou pas, je ne sais plus, et qu’il s’est retrouvé trempé à cause d’un seau d’eau qu’on venait de lui vider sur la tête. Ou peut-être était-ce une tarte à la crème qu’il s’était infligé à lui-même volontairement, à la manière d’un pitre. Le souvenir précis de ce moment  m’échappe. Toujours est-il que le spectacle fit grandement rire mes camarades. Mais pas moi. Non, je n’étais pas client d’un tel humour. Monsieur Chirac semblait réagir de même et nous échangeâmes  un regard entendu de dépit sur la vulgarité de la scène.  Puis il s’adressa à moi, me dit que j’étais un jeune homme plein de bon sens, ou quelque chose comme ça, et m’invita à venir voir son spectacle au palais des sports.

Ellipse.

J’étais à bord d’une Peugeot 308 avec quelques collègues et nous approchions du centre de Paris. Sur le tableau de bord était affiché une vidéo vantant les mérites de la Ford Fiesta. Je possède moi-même une Ford Fiesta. Tous ces faits n’avaient pas choqué mon bon sens, mais quelque chose me perturba. En regardant l’heure affiché au tableau de bord de la 308, je m’aperçu qu’il était 8h du matin.  La singularité de la chose m’apparu. Que faisais-je en déplacement professionnel au centre de Paris à 8h du matin. N’importe quel horaire après 10h aurait pu être cohérent, mais pas 8h. Quelque chose clochait. Je n’avais pas le souvenir du trajet, ni de m’être levé tôt pour entreprendre ce déplacement. Je devais rêver. Oui, j’en étais sûr à présent.

Ellipse.

Dans le centre de Paris,  je croisais une amie,  C., accompagnée de son petit ami,  que je saluai. Me sachant dans un rêve, je lui ai proposé de me montrer, en pleine rue, comment elle copulait. Elle répondit favorablement à ma demande et entreprit la chose. Elle était devenue L. dans mon esprit. Cela ne me choqua pas.
Entretemps était arrivé M., une autre fille de ma connaissance, qui vint contempler avec moi le couple s’affairer dans la rue. Pendant tout ce temps, il y avait eu des dialogues, des propos échangés, mais dont j’ai oublié la teneur.  En arrivant voir l’étrange spectacle urbain, M. lança : “J’admirais la finesse de ses jambes et le haut maintien de son front”. Elle avait imité au passage l’accent chanté du sud-ouest de P., qui était – je le savais sans même regarder – à présent la personne qui était auparavant L.
Et donc, avec l’arrivée de M.,  et de cette réplique que je savais provenir de mon cerveau puisque je rêvais, j’ai réalisé l’inventivité des paroles dont j’avais été le témoins. Dans mes rêves, comme dans la réalité, je ne suis pas quelqu’un de très loquace. Pourtant tous les personnages de mes rêves parlent beaucoup, et très spontanément, sans chercher leurs mots comme c’est mon cas. Il y avait quelque part dans l’inconscient de mon cerveau une entité capable de discourir comme on respire. Un improvisateur formidable. Alors, comme je savais que j’allais probablement me réveiller sous-peu et tout oublier de ce rêve, je fis l’effort sur l’instant et je répétai cette phrase encore et encore, dans mon rêve, pour ne pas l’oublier : “j’admirais le finesse de ses jambes et le haut maintien de son front… je répèterai la citation exacte à M. C’est une expérience inédite, est-ce qu’elle aura un souvenir de ce rêve et de ces paroles ?  J’admirais la finesse de ses jambes et le haut maintien de son front…”.  La partie de jambe en l’air sur ce trottoir de Paris, dont j’avais très vite cessé de prêter attention, n’existait déjà plus.

Ellipse .

“J’admirais la finesse de ses jambes et le haut maintien de son front”.
Je ne pensais plus activement au fait que j’étais dans un rêve.  J’étais dans une salle, un espèce de stand de tir, mais cette qualification n’est venue que rétrospectivement.  Tout ce dont j’avais conscience, c’était que j’avais en face de moi, à environ 30 mètres, dos au mur, trois personnes. Une était Paul. Une personne que je n’identifiais pas clairement à ma droite me confia une carabine. Peut-être l’avais-je déjà à la main. Le souvenir de cet épisode est plutôt brumeux. Il me sembla évident sur le moment qu’il fallait que je recoiffe Paul, à l’aide de cette carabine. En tirant sur les cheveux de Paul, un peu malencontreusement, quelques morceaux de son crâne explosèrent au passage. On voyait alors son cerveau.  J’ai bien essayé d’arranger les choses avec quelques tirs supplémentaires, mais je n’ai pas fait un bon travail de coiffage.

Ellipse.

Je me réveillai alors. J’étais dans ma chambre, chez ma mère, donc pas dans le temps présent. Mais ça je ne l’ai pas réalisé sur l’instant. Pourtant, j’avais la conviction que j’étais encore dans mon rêve. J’avoue ne plus me rappeler si quelque chose de précis m’en persuada. Il faisait nuit, je crois, et je décidai de faire un petit tour de l’appartement. En face de ma chambre était la salle de bain, mais la pièce était une chambre dans cet univers là. Il y avait un lit avec deux hommes couchés dedans. Je ne me rappelle plus s’ils m’ont dit quelque chose.

Ellipse.

Cette fois j’étais réveillé pour de vrai. J’avais cette fatigue caractéristique de quand on se réveille, le matin, et qu’on a la tête encore brumeuse. Après tout, quand on dort, on n’est jamais sujet à la fatigue, si ? Mais en regardant le radio-réveil, il n’était que 22h.  “J’ai l’impression d’avoir beaucoup dormi et pourtant il n’est que 22h ?”, me dis-je. J’avais le souvenir de m’être couché après 23h, pourtant. Se pouvait-il que j’ai dormi presque 23 heures d’affilées ? Mon frère vint me voir. Je ne me rappelle plus exactement ce qu’il m’a dit, quelque chose à propos de nourriture. “Maman s’inquiète, t’es pas venu diner”. Pourtant nous n’avons pas la même mère, mais ce détail ne m’a pas frappé sur le moment. J’expliquai que j’avais dû beaucoup dormir, que j’avais fait beaucoup de rêves différents. Puis, je suis allé prendre une douche. Il allait falloir que je me recouche, mais arriverai-je à dormir ?
La salle de bain était une salle de bain. Mais la porte ne pouvait se verrouiller qu’à l’aide d’un code. Le code était libre, à 8 chiffres, mais pour sortir il fallait composer les mêmes huit chiffres. J’avais déjà oublié les chiffres que je venais de composer.  j’avais oublié cette combinaison, oui, mais j’avais encore quelque part dans la tête cette phrase : “j’admirais la finesse de ses jambes et le haut maintien de son front”.

Ellipse.

Cette fois j’étais réellement réveillé. Il était 8h05, le soleil de juin entrait par les fentes des volets. J’avais 28 ans. Il me faudrait être au travail dans 3/4 d’heure. Je pris mon téléphone et notai consciencieusement cette citation de mon inconscient : “J’admirais la finesse de ses jambes et le haut maintien de son front”.  Peut-être qu’après tout je ne parlerai pas de tout ça à M…

Tirer sur la tête de Paul pour le recoiffer… N’importe quoi !

Le lendemain, j’ai rêvé de sa soeur.

Spécial 10 ans : Message pour Abricot du futur

Quelque part, le 18 juin 2010.

Salutations à toi Abricot (Abricot ?) !

Au moment où j’écris ces lignes, voici 5 ans que tu blogues. Quand ces lignes seront publiées, magie des posts pre-programmés, cela fera 10 ans ! Tant de choses ont dû se passer en 5 ans. Souviens-toi de ceci, ça n’avait pas de sens, mais c’était rigolo. Rends-toi compte, à l’époque, en 2005, Chirac était président. En ce moment c’est Sarkozy. À ton époque, j’imagine que c’est Strauss Kahn (mes prédictions t’impressionnent n’est-ce pas ? ). Cela doit te paraître vieux tout ça.  Il y a 10 ans, moi, je n’avais même pas mon brevet des collèges.

Sur le plan personnel, j’espère que tu as encore du travail (ça c’est pas gagné), quelqu’un dans ta vie ( en 5 ans tu as forcément dû trouver quelqu’un, t’es pas un moine, vieux !), et que tu es heureux tout simplement.

Alors, on avait fait une liste tous les deux… enfin… moi, enfin toi et moi, la même personne dans le passé sur ce qu’il faudrait avoir fait d’ici 2015 :

  • Faire équiper la ford fiest’abricot d’aéroglisseurs (c’est bon, ils ont inventé les voitures volantes, n’est-ce pas ? )
  • Apprendre pleins de langues (finir d’apprendre le Polonais et enchaîner avec le Suédois, le Japonais et le latin).
  • Écrire pleins d’Histoires Inintéressantes (tu en es à combien, là, 171? Attends, tu t’es fait publier depuis non  ? Je peux avoir un autographe ? )
  • Continuer à écrire des chansons (j’ai presque fini « On ne naît pas cafetière, on le devient », mais je vais probablement changer le titre.  Je me demande si tu as sorti beaucoup d’albums entre temps.  Deux ou trois j’espère. Tu as peut-être même un groupe et tu es connu ! Je peux avoir un autographe ?)
  • Faire une suite de Barnabé et Jean-Martin ! (Tu l’as fait publier en BD n’est ce pas ?  Je peux avoir un autographe ? )
  • Finir de lire A la Recherche du Temps Perdu de Proust.

Et pleins d’autres choses j’espère ! À présent j’ai des questions :

  • Vous utilisez encore msn pour communiquer dans le futur ou est-ce que tout le monde est passé à Google Wave ?
  • Est-ce que les gens utilisent encore la fonction téléphone de leur smartphone ou est-ce que c’est complètement has-been à présent ? (Tu vas me dire que ça l’est, c’est Steve Jobs qui l’a dit lors de sa présentation de l’iphone 8 en 2014 ! )
  • T’as encore des cheveux ? Ils sont tous blancs, hein ? Ne me cache rien !
  • T’as beaucoup voyagé ? On devait aller à Prague, Vienne, Amsterdam tous les deux #nohomo
  • Il y a vraiment eu la fin du monde en 2012 ? (si tu lis ceci j’imagine que non)
  • Est-ce que les homos peuvent enfin se marier ?
  • Est-ce qu’il y a encore des guerres ?

Bon allez, je te laisse. À dans 5 ans !

Oh, et j’espère être toujours vivant d’ici là… Si je ne poste pas de commentaire qui dit « je suis encore vivant ! » vous pourrez commencer à vous inquiéter.

 

Histoire Inintéressante #59

C’est l’histoire de Daniel, un jeune homme tranquille. Un jour qu’il marche dans la rue – rue  Rakkaus, vous ne connaissez pas – il entend son prénom prononcé d’une voix fragile. “Daniel ! …”, puis rien.   Il se retourne, entraperçoit le reflet d’un jeune homme blond dans la vitrine du Kebab, mais derrière lui ne voit personne. Et le reflet a disparu. La rue est déserte. Le reste de sa journée se déroule sans incident, mais il est inquiet. Il a l’impression que quelqu’un le suit. Quelqu’un d’invisible. Ses angoisses le poursuivent les deux jours suivants, où il soupçonne une présence sans rien voir.

Le soir suivant, rentré chez lui, depuis sa cuisine où il est en train de préparer une salade d’avocats, il entend le téléphone sonner et décroche. “Allo ?”
Au bout du fil, il entend une comme la respiration de quelqu’un en panique. “Qui êtes-vous ?” demande Daniel.  Mais la personne ne répond pas. D’un coup, on lui raccroche au nez. La seconde d’après, quelqu’un frappe à sa porte. Par le judas, il voit le même homme blond qu’il avait aperçu deux jours plus tôt. Il remarque qu’il a l’air angoissé.  Il ouvre. “C’est vous qui venez de téléphoner ? Et qui me suivez ? Qui êtes-vous ?” Le jeune homme acquiesce. “Oui, c’était moi, je voulais vous aborder mais… enfin je suis un peu timide.  Je m’appelle Allah. Enfin, je veux dire… je suis Allah. – Le Dieu ? –Oui, le Dieu. – Mais… pourquoi ? Qu’est-ce que… – C’est que… je suis amoureux. – De moi ? – De vous.”
Daniel est un peu en colère et le fait savoir. “Non, mais ça va pas bien la tête ? ça ne se fait pas de harceler les gens comme ça ! “
Alors, Allah comprend que ce qu’il a fait n’est pas bien. Il baisse la tête et dit : “Jolies Chaussures !”

Mais Daniel trouve Allah mignon. Le lendemain, ils conviennent d’un rendez-vous pour aller boire un verre ensemble.

Allah tienne !