Monsieur F.

Monsieur F. aimait bien son pantalon. Il lui faisait sans cesse de nombreux compliment comme :
"Cher pantalon, que je t'aime !", "tu es le meilleur des pantalons", "il n'est nul pantalon qui te ressemble". Il s'agissait d'un pantalon commun, à pinces. Monsieur F. ne possédait qu'un seul pantalon et c'était celui-là même. Quand il lui fallait le laver, deux fois par semaine, il attendait patiemment en caleçon que sa machine eût fini de laver son précieux pantalon. Malheureusement pour Monsieur F., le port régulier de son pantalon pendant maintenant trois ans avait sérieusement entamé sa beauté et son éclat d'antan. Auparavant d'un noir à faire pâlir l'obscurité, il arborait à présent un gris typiquement délavé et n'ayant rien d'exceptionnel, sauf aux yeux de Monsieur F., c'est évident. Monsieur F. était la cible de critiques de la part de ses collègues et de ses supérieurs qui, non seulement méprisaient l'aspect fort usagé du vieux pantalon, mais s'imaginaient également que Monsieur F. ne se changeait jamais, ce qui était totalement vrai, mais ils y associaient un manque d'hygiène totalement imaginaire. Un jour, Monsieur F. fut convoqué par la direction de son entreprise. Voici la conversation qui eût lieu:
"Mon cher F., vous qui êtes présent dans l'entreprise depuis tant d'années, vous devez comprendre l'importance que revêt l'apparence lorsqu'il s'agit de traiter avec les clients, n'est-ce pas ?
-Bien évidemment !
-Dès lors, vous comprendrez que votre apparence met mal à l'aise nombre d'entre eux.
-Ah je ne vous permets pas !"
Là, Monsieur F. se lança dans une diatribe dont il avait le secret, balançant tout ce qu'il avait sur le coeur, convoquant Hugo et Mallarmé dans ses injonctions, fustigeant les opinions du bien pensant et enfin, dans une émouvante conclusion, fit un éloge de son pantalon qui arrachèrent de copieuses larmes des yeux de son directeur.
"Monsieur F, dit-il, dans un hoquet provoqué par ses sanglots, ce que vous avez dit sur votre pantalon est très beau, mais il ne s'agit pas de ça. Il s'agit avant tout de la très détestable habitude que vous avez de vous badigeonner le crâne d'huile d'arachide."

Le directeur lui annonça alors son licenciement. Monsieur F. avait en effet l'habitude d'enduire quotidiennement sa tête d'huile d'arachide. Pardonnez-moi de ne pas l'avoir mentionné plus tôt. Je me sens un peu bête à présent.

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