Édouard Herriot, le radicalisme en personne

(ce texte est affectueusement dédié à Marie C. qui sait combien je l’aime)


1924, le cartel des gauches gagne les élections et Édouard Herriot devient le chef du gouvernement. Édouard Herriot est heureux :
— Je suis heureux !
Il contemple son nouveau bureau, ravissant. Il est le chef maintenant ! Il range quelques affaires dans les tiroirs de son nouveau bureau, en profite pour faire joujou en les ouvrant et les refermant incessamment, faisant du bruit. Édouard il trouve ça rigolo.
Alors, pour faire croire qu’il a beaucoup de travail, il sort quelques dossiers de sa sacoche et les dispose bien en évidence. Et maintenant, que faire ? Édouard se décide à écrire une petite lettre au président Millerand :

Cher président Millerand, président pour plus longtemps.

J’ai noté avec plaisir votre non-soutient à la candidature du cartel des gauches, et je m’en félicite. Cependant, vous l’aurez remarqué par un fort mauvais choix des électeurs me voilà, moi, Édouard Herriot, président du conseil.
Aussi, dès que j’en aurai le temps, je viendrais vous botter le cul pour que vous dégagiez de votre foutue place de président de la République au profit d’un détestable (mais non moins bientôt élu) nouveau président, et cette fois un radical.

Avec l’expression de mes considérations respectueuses, mais non moins regrettables.

Édouard Herriot, président du conseil.

Voilà, à présent la lettre est timbrée et postée. Et maintenant, qu’est-ce qu’il pourrait bien trouver d’amusant à faire ? Changer la disposition de son bureau ! Avec enthousiasme, il change de côté ses dossiers « illusion de travailler « . Oh, il avait oublié de refermer son stylo, c’est fait maintenant. Son estomac commence à lui faire sentir la faim, il sort un sandwich jambon-beurre qui lui donne on ne sait pourquoi envie de lire Kant. Une petite mouche est rentrée. Elle est déjà ressortie…
On frappe à la porte, Édouard, ne comprenant pas tout de suite, pense que le bruit provient de son fauteuil et essaie tant bien que mal de le régler convenablement, mais les « toc toc » continuent, si bien qu’Édouard balance son fauteuil par la fenêtre. Mais le » toc toc » persiste. Il comprend que cela provient de la porte et lance un vigoureux :
— Entrez!
Entre Gaston Doumergue, futur président de la République.
— Salut Gaston, fit Édouard.
— Alors Édouard, comment ça va ? demanda Gaston.
— Pas si mal, mais tu sais, j’ai une tonne de travail.
— Je comprends oui. Je ne vais pas t’empêcher de travailler bien longtemps, je me demandais juste… enfin… c’est un peu délicat…
— Vas-y, demande, ne t’inquiète pas
— Voilà, je me demandais si tu étais de droite ou de gauche?
— Est-ce une insinuation ?
— Non, pas du tout, mais…
— Mais…
— Mais…
— Ah je vois !
— J’entends
— Je sens
— Je goûte
— Je touche
— Je …
— Je te bats toujours au jeu des 5 sens, Gaston, le truc c’est de toujours commencer, toi tu ne l’as jamais compris ! Tu ne comprendras jamais rien, adieu !
Gaston sort en claquant la porte derrière lui.
Le courageux Édouard, se moquant des conséquences de ses paroles lance :
—De toute façon, c’est moi le président du conseil, alors sors d’ici !
Ces mots auraient pu être historiques si seulement quelqu’un les avait écoutés.
Édouard est pensif :
— Je suis pensif
Il remarque derrière lui le portrait d’un ancien président du conseil. Il n’est pas moustachu comme Édouard, cela l’embête : pourra-t-il être un bon président du conseil avec la moustache ?
Édouard se décide, il sort un feutre noir et commence à dessiner une moustache « à la Herriot  » sur le portrait. L’effet est saisissant, il a l’impression de se regarder dans une glace. Le voilà apaisé maintenant. Il prend la décision de se rendre à la chambre des députés.
Le voilà dans l’hémicycle de la chambre des députés, il n’y a personne. Il prend la parole à la tribune et de sa voix de ténor lance :
— Messieurs les députés… (pas assez fort, il se racle la gorge, et d’une voix plus forte) MESSIEURS LES DÉPUTÉS ! … (trop fort, il reprend) messieurs les députés ! (Voilà, c’est le ton juste, le « ton Herriot « )
— Heu… il n’y a que moi et je ne suis pas député, lance un petit homme.
— Mais alors que faites-vous ici ?
— Rien, je suis le directeur d’un petit club de golf près de Paris, seriez-vous intéressé par un abonnement à tarif préférentiel ?
— Pourquoi pas ?

Le lendemain, sur le terrain de golf, Édouard s’apprête à frapper la balle, le trou est un « par 3 », il prend la pose du swinguer et frappe avec maestria la pauvre balle qui s’envole au-dessus du terrain. Avec précision, il semble bien qu’elle va entrer directement dans le trou, la trajectoire est parfaite ! Au même moment, oh stupeur, une taupe sort de ce même trou à ce moment-là et se reçoit la balle de golf sur la tête, elle est furieuse, les espoirs de carrière de golfeur pour Édouard Herriot tombent à l’eau.
La taupe, insatisfaite de son logement, le quitte. Elle n’emporte avec elle que sa « brouette à loutre  » et file vers l’horizon sous le regard désabusé du grand Édouard Herriot.

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