Instantané de vie: le dilemme

Je suis en train de taper habilement sur les touches du clavier de mon ordinateur portable. Je remarque qu’il est plein de poussièr. Je regarde l’écran qui affiche les caractères et m’aperçois que j’ai oublié la dernière lettre de « poussière ». Ce n’est pas grave, je ne vais pas aller corriger la faute sinon cette phrase que je suis en train d’écrire n’aurait plus de sens; j’aurais par conséquent parlé d’une chose n’existant pas pour vous, n’existant plus pour moi. Ceci dit ce commentaire est profondément stérile: dès lors pourquoi est-ce que je ne supprime pas immédiatement tout ce que j’ai écrit après « poussièr » ?

Et pourquoi est-ce que je continu d’écrire alors qu’il serait plus simple d’arrêter dès maintenant ? Si je le faisais, l’action actuelle que je suis en train d’effectuer, à savoir le commentaire de ma bourde, n’aurait plus aucune utilité et j’aurais gâché de l’esprit d’analyse pour des futilités. Le problème qui vient alors à mon esprit s’énonce ainsi: Est-il futile pour un auteur de commenter ses futilités ? Cette mise en abîme est très dérangeante et doit sembler insipide pour quelqu’un d’extérieur à la situation, car c’est bien pour vous que je continue d’écrire cela, pour que vous compreniez mon geste involontaire de poursuite d’écriture après faute. Moi je n’en ai pas l’utilité. J’aurais très bien pu me faire ces réflexions dans ma tête… mais je suis en train de les écrire pour vous — vous que je ne connais même pas et qui devez être passablement ennuyé et qui avez probablement cessé de lire ces absurdités auto-analytiques depuis quelques lignes déjà.

Pour en revenir à moi-même (Que je suis narcissique !), je pense que je n’ai pas de compte à vous rendre et que je ne vais pas me torturer l’esprit pour une simple petite faute de frappe. D’ailleurs, ce que j’ai fait était inutile: commenter une faute ! On ne commente pas une faute d’ordinaire, on la corrige. Imaginez tous les chefs-d’oeuvre que la littérature nous a laissée, si les grands auteurs avaient commenté chaque faute qu’ils faisaient leurs ouvrages n’auraient été que de l’égocentrisme fautif ! En définitive, je suis « contre » les gens qui commentent leurs fautes au lieu de les corriger et « pour » ceux qui sont « contre » les gens qui sont « pour » le fait de commenter leurs fautes, je suis donc pour et contre moi-même: Quel dilemme !

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