L’appel de la vocation

25 avril 2005, un soir, presque la nuit, mon téléphone portable vibra. J’avait immédiatement compris par cette frénésie téléphonique le désir qu’avait mon appareil de me mettre en communication avec quelqu’un d’autre.
Avec précaution, redoutant une attaque d’ondes GSM, je m’approchais de l’objet en question : Un Ericson T20e. J’avais sans le vouloir souscrit à un service de présentation du numéro, si bien que je vis que le numéro qui s’affichait sur l’écran vert m’était totalement inconnu. Il commençait par 01, la région parisienne.
Un rapide aperçu de ma mémoire ne me permit pas de trouver la moindre personne habitant près de Paris qui aurait été susceptible de me passer un coup de fil. Néanmoins, intrigué par ce mystère insondable, je répondis en ouvrant le clapet de mon Ericson.

-Allo, dis-je trivialement.
-Allo, M.Bessonet (ou quelque chose qui sonnait un peu pareil) ? me demanda une voix de femme pas toute jeune, mais pas vieille non plus.
Je n’étais pas M. Bessonet, je ne connaissais aucun Bessonet.
-Oui, c’est moi, mentis-je honteusement.
Dehors la pluie s’était mise à tomber, il faisait de plus en plus noir, j’avais peur. Qui que fût Bessonet , mon interlocutrice ne devait pas connaître le son de sa voix car elle se satisfit de la mienne, que j’avais belle et douce, sans contester mon identité. Elle entra immédiatement dans le vif du sujet :
-Oui bonjour, je suis la maman d’Aurélien, soeur Emmanuelle m’a donné votre numéro…
Soeur Emmanuelle ? « LA  » soeur Emmanuelle ? J’étais complètement désorienté, je ne connaissais pas non plus de soeur Emmanuelle. Je ne connaissais par ailleurs aucune religieuse (mis à part le gâteau et la mante). Mon mensonge était déjà allé trop loin, je n’avais d’autre choix que de le continuer.
-Ah oui ! Soeur Emmanuelle ! m’exclamais-je en feignant la connaître.
-Oui, au sujet du vitrail. Vous savez, Aurélien n’a pas fait exprès, il jouait au ballon avec ses camarades… il a dit tout de suite que c’était lui !
Un vitrail… La brume obscurcissant le motif de cet appel se dissipait peu à peu. J’étais probablement un curé de village ou quelque chose comme ça. Ce petit con d’Aurélien avait cassé le beau vitrail de mon église !!! J’étais très en colère, furieux, complètement hors de moi. Un si beau vitrail qui était vieux de plusieurs siècles ! J’en avais mal au coeur, mais je n’en fis rien entendre.
-Oui, le vitrail. En effet, c’est fâcheux. Mais après tout, ce n’est ni votre faute, ni celle du petit Aurélien, si le meilleur endroit pour jouer au foot est la place de notre belle église.
-Oh…Heu…Oui, dit-elle en adhérant à mon propos.
-J’ai été jeune moi aussi, je sais ce que c’est.
-Oui, alors justement, j’appelais pour trouver un moyen de régler le… Le problème…
-De manière monétaire…?
-Heu… Oui.
-Allons, allons ! Je vous ai dit que je comprenais parfaitement, inutile d’épiloguer sur ce fâcheux impact footballistique, je ne vous demanderai pas d’argent.
-Vraiment ?
-Oui, mais…
-Mais…
-Mais ce qui me peine le plus, je dois bien vous le dire, c’est que je ne vous vois jamais, vous et votre famille, à la messe les dimanches.
-Oh vous savez, on a jamais été très croyant dans la famille alors…
-Alors à qui le dites-vous ! Ma mémoire me fait défaut, il ne me semble pas que vous ayez fait baptiser le petit Aurélien.
-Heu…Non, mais…
-Je vais être conciliant, faites baptiser le petit Aurélien, venez tous les dimanches à la messe et j’oublierai cette histoire de vitrail. Qu’en dites-vous ?
-Quoi ?
-C’est d’accord ?
-Heu…Oui.
-Bon ! Eh bien au revoir et à dimanche prochain.
-Heu… Au… Au revoir.

Je raccrochais et au fond de mon coeur je pensais :
« Dans des moments comme ceux-là je suis vraiment fier de ma vocation envers Dieu.
C’est soeur Emmanuelle qui va être contente quand je vais lui raconter tout ça ! »

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