L’armoire à pharmacie

Avertissement au lecteur : L’auteur de ces lignes décline toute responsabilité en cas de susceptibilités aux très mauvais jeux de mots dont le texte ci-dessous est prétexte à étalage.
Merci de votre compréhension.


Ce matin, il m’est arrivé une chose affreuse. Pour vous décrire la situation, vous savez, moi, j’ai toujours eu l’habitude de faire deux choses en même temps ; prendre un café et enfiler mes chaussettes, prendre une douche et sortir le chien, me raser et me brosser les dents. Ce matin justement, j’étais tranquillement en train de me brosser les dents de la main gauche et de me raser de la droite en me regardant dans la glace de l’armoire à pharmacie quand, soudainement, celle-ci me dit : « Monsieur, vous êtes ridicule. »
Je fus légèrement surpris, d’autant plus que cette armoire à pharmacie, que j’avais depuis des années, ne m’avait jamais adressé la parole. Alors, j’ai fini de me raser et de me brosser les dents, puis je lui ai dit : « Ma pauvre glace, vous me reflétez depuis des années et pourtant vous me dites seulement maintenant que je suis ridicule. Pourquoi tant d’attente alors que je l’ai toujours été ? »
— Oh Monsieur, vous savez, j’ai bien pris le temps de réfléchir à ce que j’allais dire.
— Là n’est pas le problème, ma chère, toute armoire à pharmacie de vous êtes, votre condition ne vous permet pas de vous moquer de moi.
— Ne vous rendez pas malade pour si peu, d’ailleurs j’ai à l’intérieur tout ce qu’il faut pour vous soigner.
— Écouter, Mademoiselle, je n’ai personnellement rien contre les armoires à pharmacie, mais il y a des jeux de mots qui sont trop honteux pour être dit. Je ne vais pas vous passer de la pommade…
— Non, c’est moi qui vais le faire.
— Ne m’interrompez pas ! Je ne vais pas vous passer de la pommade, si vous continuez ainsi ça va faire mal.
— Syntol, ça fait du bien là où ça fait mal.
— Arrêtez, vous me donnez mal à la tête.
— Ce n’est pas ma faute si vous m’avez pris en grippe, un peu d’aspirine ?
— Je ne vous cache pas que la pilule a du mal à passer. Je ne l’avais pas cru quand on m’avait dit que l’effronterie chez les armoires à pharmacie était chose courante…
— Si c’est la courante le problème, il doit me rester en stock quelque chose contre les diarrhées aiguës.
Elle me tendit un antidiarrhéique. De toute évidence elle se moquait de moi, si bien que je n’ai pu retenir une grossièreté dont je vous fais grâce :
— Vous me faites ****
— Vous aurais-je donné un laxatif par erreur ?
— Toute cette insolence, je suis contre, ça ne va pas du tout.
— J’ai du sirop pour la toux si vous en voulez.
— Vous trouvez ça amusant de vous foutre de moi, je suppose…
— …itoire, suppositoire, C’est certain, vous allez l’avoir dans le ***

N’y tenant plus, j’ai sauvagement assassiné mon armoire à pharmacie. Les débris de glace jonchaient le sol, des cachets étaient disposés dans tout les coins de la pièce et le produit des flacons d’éther et d’alcool brisés répandait dans l’atmosphère des vapeurs enivrantes. C’est dans un état un peu second, satisfait de la vengeance et un peu désorienté, que j’entendis frapper à la porte. Je suis allé, bon gré mal gré, ouvrir à l’inconnu.
— Oui?
— Docteur Voisin ?
— Lui-même, vous désirez ?
— Je suis l’inspecteur Vidal, je vous arrête pour le meurtre de votre armoire à pharmacie.
— Ah… Très bien, laissez-moi juste le temps d’annuler mes rendez-vous de la journée.

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