Les Lasagnes

« Tu es en retard ! Quelle fraise tu fais, tu es en retard ! » me répétais-je sans ménagement à m’en crever les tympans. Pour sûr, j’étais en retard à mon dîner chez Charlène, la ravissante étudiante infirmière dont j’étais amoureux. Le plat de lasagne fumant -cause de mon retard- dans les mains, je n’eu qu’a traverser la rue et monter les escaliers quatre à quatre ; Charlène et moi habitions l’un en face de l’autre. Arrivé devant la porte de son appartement, je repris mon souffle en me disant qu’il avait été inutile de me parfumer, la bonne odeur de lasagne couvrait tout.
« Toc, toc, toc  » fis-je tout en sonnant.
C’est alors qu’elle vint m’ouvrir, ravissante Vénus dans son petit pull rose moulant, ses cheveux blonds comme un soleil d’été et ses yeux pétillants d’étoiles.
-Oui…? fit-elle d’un ton distant .
-J’ai préparé des lasagnes, Charlène, elles sont encore chaudes, fis-je avec entrain.
-Vous quoi ? On se connaît ?
Je ne vous cache pas que je fus pour le moins désappointé par cet accueil de glace.
-Mais enfin, ma chère, ne me reconnaissez-vous donc point, moi, votre amoureux, le seul élu de votre coeur si pur ?
A cet instant précis, elle tenta de me claquer la porte au nez, mais mon pied, agile et rapide, vint se placer à l’endroit adéquat pour empêcher l’effrontée d’accomplir sa mauvaise action.
-En voilà des manières, Mademoiselle ! Nous avions convenu ce soir d’un dîner en amoureux chez vous, je prépare des lasagnes avec un coeur rempli d’amour et voilà comment je suis reçu chez vous, comme un malpropre !
– Casse toi, je te connais pas.
Je vous avouerai que ce fut un choc pour moi ! Le seul et unique amour de ma vie qui nie me connaître en me regardant droit dans les yeux. Tout le désoeuvrement du monde n’était rien en comparaison de mon désespoir. Néanmoins, le cartésien qui est en moi désirait comprendre cette soudaine amnésie sentimentale, et s’il avait fallu pour cela que mon pied restât comprimé par la porte pendant des mois, croyez-moi, j’aurais tenu !
-Charlène, mon coeur, comment avez-vous pu oublier toutes nos discussions à propos de rien, nos instants romantiques quand nous étions assis sous le tilleul hollandais, nos flâneries au bord de l’eau, là où par un coucher de soleil radieux vous m’avez dit un jour que vous m’aim…
-Je te connais pas, ok ? Maintenant, casse-toi !

Puis enfin, je compris, je n’étais pas au bon étage. Après de sommaires excuses auprès de la demoiselle que j’avais inutilement dérangée, je repris le chemin des escaliers pour atteindre l’étage supérieur où m’attendais mon véritable amour. J’étais encore plus en retard, et les lasagnes devaient commencer à refroidir.
« Dring, dring, dring  » fis-je en frappant la porte.
Ludovic, mon mignon petit étudiant infirmier, ouvrit la porte, vêtu du jean moulant que j’aimais tant.
-Excuse-moi du retard, mon chou, mais je me suis trompé d’étage. Je ne sais pas si tu sais, mais en dessous de chez toi, il y a une espèce de pétasse qui…
-Attend, répète un peu ce que t’as dit ? me demanda-t-il d’un ton que je ne lui connaissais pas.
-J’ai dis que j’ai vu la pétasse qui habite en dessous de chez toi, Charlène, et elle…
-Je te connais pas, sale #######, et tu oses te pointer chez moi avec un ###### de plat de lasagnes en insultant ma petite amie ?!?
Inutile de vous préciser qu’il était dans une rage folle. Ne cherchant pas la bagarre avec cette brute, je lui ai simplement lancé à travers la figure le plat de lasagnes qui, contre toute attente, étaient encore très chaudes; puis j’ai pris la fuite.

Figurez-vous que le gars a été salement amoché, mais il a eu de la chance, une étudiante infirmière habitait juste en dessous de chez lui; Le hasard fait bien les choses quand même !

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